Revue de presse

La «pipelette» François Hollande bouscule la rentrée politique française

En accordant un bref entretien à TV5 Monde à Angoulême, l’ex-président français tente de couper l’herbe sous le pied de son successeur. Attention: tonton frondeur, le retour!

Mais qui revoilà? L’ancien président français François Hollande. Il a affirmé ce mercredi qu’il n’abandonnait pas la vie politique et qu’il dirait, «à un certain moment», ce qu’il a «à dire», sans «empêcher le pays de se redresser», a déclaré l’ex-chef de l’Etat (2012-2017) dans un entretien d’un peu plus de six minutes à TV5 Monde, donné dans le cadre du 10e Festival du film francophone d’Angoulême.

Le Figaro en fait donc logiquement l’objet de son «Scan politique», qui voit cette irruption médiatique comme «une mise en garde à Emmanuel Macron», le successeur: «C’est plus fort que lui. Partir de l’Elysée et laisser la vie politique derrière lui n’était évidemment pas dans ses plans.» D’ailleurs, l’intention paraît assez clairement ciblée: «Evitons de prendre des décisions qui viendraient contrarier» la «tendance» à une embellie économique, dit-il. Dans le viseur: la réforme du Code du travail, dont les ordonnances seront présentées à la fin du mois. En attendant, relève Russia Today, «le maintien de Hollande dans la vie politique désole Twitter»:

Le même quotidien, dans un autre article au titre merveilleux – «Les coulisses de l’opération «Make François Hollande great again» – observe que François Hollande «a minutieusement préparé son retour en politique. Ses amis se doutaient bien de quelque chose. […] Cela faisait un moment qu’il préparait son coup, avec la gourmandise du politique frustré par le manque d’action. En vacances dans le Var en août, l’ex-chef de l’Etat s’était laissé photographier, le teint hâlé, entouré de Charles Aznavour et Michel Drucker ainsi que sa compagne Julie Gayet. «Il était en grande forme, rayonnant!» raconte un socialiste qui l’a croisé à cette période.» Et «un ex-ministre s’étonnait lui aussi» de son «enthousiasme débordant».

Pour appuyer encore un peu sur le côté malin de l’opération, BFMTV a relevé que «la défense de son bilan est aussi passée par une pointe de sarcasme: «Je ne suis pas là pour faire un plaidoyer pro domo, même si parfois je serais tenté de le faire, je suis là pour dire aux Français: «Vous avez réussi.» «Peut-être pas pro domo, mais pas loin d’ad hominem, François Hollande a peut-être quelques restes de latin», commente la chaîne de télé, qui y voit également une attaque de l’adversaire directement sur sa personne.

«C’est ce qui s’appelle orchestrer sa rentrée politique», pour Le Parisien. «Et manifestement, François Hollande n’a rien perdu de ses vieux réflexes… […] Ce n’était donc qu’un au revoir. François Hollande, qui avait promis de la retenue après son départ de l’Elysée, a craqué au bout de trois mois! Et, à l’évidence, il n’a pas choisi son moment au hasard. «C’est du pur Hollande, sourit un de ses proches, il donne le ton de la rentrée, coupe l’herbe sous le pied de Macron et parle en même temps aux socialistes. Il a rappelé à tout le monde qu’il savait faire de la politique.»

Du coup, «Hollande le frondé se muerait-il en superfrondeur?» C’est en tout cas l’avis de Paris Match, qui parle de «tonton frondeur» devant «un micro, une caméra, un journaliste et la pipelette Hollande démarre au quart de tour. […] Encore un effort, et l’ancien président va réussir (presque) à réveiller le PS. Impayable Hollande!» Car «la vengeance est bien un plat qui se mange froid pour les hollandais» et «pas question de laisser le successeur tirer la couverture à lui». Il lui faut bien plutôt savourer «cette attaque en piqué contre son ancien protégé. Contre celui qui l’a trahi avec méthode, selon ses propres mots. Contre celui qui l’a au fond empêché de se représenter.»

Le site d’extrême droite Boulevard Voltaire, lui, n’y va pas par quatre chemins, en s’adressant directement à lui, et en le tutoyant: «Tu sais quoi, François? Retourne à tes amours! Fais du théâtre et contemple ton nombril comme tu l’as toujours fait. Par pitié, oublie-nous! Bien dodu, bien bronzé, la peau dorée comme un poulet grillé, François Hollande est de retour. Jamais parti, en fait, car le culbuto, comme chacun sait, est l’incarnation du mouvement perpétuel: oscillatio ad aeternam…»

«Du soir au matin et du lit à la table, le show-biz derrière moi!»

Dans ce texte ravageur, l’écrivaine Marie Delarue évoque une «incarnation du socialisme historique dans sa version mitterrando-languienne: du soir au matin et du lit à la table, le show-biz derrière moi! La prise du pouvoir côté cour et côté jardin, autrement dit la «politique-spectacle» au sens le plus trivial du terme. Faux amis, confusion mortifère entre peuple et people. […] Un micro? Hop, l’ex saute dessus. Le happe. L’engloutit comme un goulu qu’il est. Crache sa petite blagounette: «Il ne faudrait pas demander des sacrifices aux Français qui ne sont pas utiles.»

L’Obs, de son côté, se lance dans une très longue métaphore filée. Où il est dit que «l’ancien président de la République n’a pas raccroché les crampons». Que «l’ancien meneur de jeu du FC Solferino […] affiche une forme insolente. […] Se faufilant dans le dos de la défense du Bayern LREM, le roué Rouennais a récupéré la balle qui traînait dans la surface et d’un tacle glissé l’a expédié dans les filets macroniens. […] Certes, la partie ne fait que commencer. Mais elle s’annonce endiablée.» Hollande, pour l’heure, s’est engouffré dans la brèche, «en espérant qu’au mois de septembre, le stade soit envahi par la foule en colère».

Macron promis à l’enfer?

Le site Atlantico a pour sa part interrogé le politologue Jean Petaux, qui analyse ainsi la stratégie: «Les adversaires de François Hollande pourraient lui reprocher d’être plus actif pendant son premier été post-présidentiel qu’il n’a pu l’être pendant son premier mois d’août élyséen en 2012…» Au point qu’un média résolument présent sur les réseaux sociaux comme Le Lab Europe 1 a remarqué qu’on avait «plus entendu François Hollande qu’Emmanuel Macron cet été». D’où cette question, posée dans le titre de l’article: «Réprimande présidentielle: François Hollande pourrait-il faire vivre un enfer à Emmanuel Macron?»

Publicité