éditorial

Le pistolet de l’assassin

C’est l’histoire d’un assassin en série qui commet ses crimes au pistolet

C’est l’histoire d’un assassin en série qui commet ses crimes au pistolet. Après une longue traque, la police le débusque. Puis, comme mesure «punitive», elle lui confisque tous ses pistolets: un vrai arsenal, de tous les modèles imaginables. Bien sûr, les autres armes qui encombrent la cachette – couteaux, mais aussi mitrailleuses et armes lourdes à foison –, la police ne s’en soucie pas. Après tout, la «leçon» a été suffisante pour le criminel.

Cette comparaison fait florès parmi les responsables de l’opposition syrienne. Elle est sans doute injuste en regard de la complexité du jeu diplomatique qui se déroule ces jours à propos des armes chimiques syriennes, mais elle traduit bien ce goût de cendres qui reste dans la bouche face aux félicitations que s’adressent les uns et les autres quant à la réussite apparente de l’exercice.

Cet accord, dans lequel est placée une somme proprement ahurissante de forces diplomatiques, humaines et financières, est certainement le maximum qu’on pouvait attendre. Il s’agit d’un exploit politique dans toute sa splendeur, dans le sens où presque chacun (Américains, Russes, Français, régime syrien…) peut y trouver son compte et même, à certaines nuances près, crier victoire avec une conviction comparable. Mais aujourd’hui, alors que toutes les perspectives sont encore officiellement ouvertes, il peut tout aussi bien se transformer en désastre.

La «neutralisation» des armes chimiques reste, accord de Genève ou non, passage par la case Conseil de sécurité ou pas, aussi compliquée, et peut-être tout bonnement aussi irréalisable, qu’elle semblait à l’origine. Bien plus: alors que l’attention mondiale risque de rester braquée, pour plusieurs semaines ou mois encore, sur la capacité d’éliminer les armes chimiques (les pistolets de l’histoire), rien ne permet d’affirmer qu’on veuille s’approcher des autres armes, et moins encore du criminel lui-même. Bien au contraire: aucun progrès, en matière de liquidation des armes chimiques, ne s’accomplira sans le président Bachar el-Assad. Mais aucune paix réelle, du moins dans un avenir prévisible, ne se signera avec lui aux commandes.

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