éditorial 

Pitié pour le vote populaire! 

ÉDITORIAL. Le nouveau scandale genevois résonne plus largement à l’échelle suisse: diverses menaces tendent à se conjuguer contre le suffrage citoyen, qui devrait être l’expression suprême de la démocratie

Revenons au bon vieux temps où l’on déposait son bulletin dans l’urne! s’exclament certains avec indignation au vu du scandale des scrutins manipulés sur lequel enquête le Ministère public genevois. En arriver là ne serait pas forcément utile: dans l’isoloir, dans le vote par correspondance ou par ordinateur, les risques de fraude concernent surtout la phase du dépouillement.

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Il n’en reste pas moins que la nouvelle affaire qui secoue Genève tombe à un très mauvais moment. Pour le canton touché, en premier lieu, bien sûr. Ses autorités, déjà affaiblies par l’affaire Maudet, encourent une perte de crédit supplémentaire. Le fait que le scrutin du 19 mai, en cours, puisse être entaché d’irrégularités comme ceux des huit précédentes années ouvre devant le citoyen un abîme d’insécurité, même si les fraudes restent à confirmer dans leur existence comme dans leur ampleur.

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Mais l’affaire genevoise résonne plus largement: diverses menaces tendent à se conjuguer contre le suffrage citoyen, qui devrait être l’expression suprême de la démocratie. Même si le reste du pays ne connaît pas la situation extrême de Genève, dont les électeurs doivent se prononcer dimanche prochain sur pas moins de 11 sujets, on vote de plus en plus en Suisse. Cela peut passer à première vue pour un signe de vitalité démocratique. C’est dû en réalité à l’usage extensif que les partis font des instruments de la démocratie directe, contrairement à l’esprit du système, convoquant les votants pour le moindre arbitrage. Un nombre requis de signatures resté bas, pour une population en forte croissance, contribue à cette évolution, que la récolte de paraphes en ligne ne manquera pas de renforcer.

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Le citoyen responsable et soucieux de se prononcer en connaissance de cause sur d’innombrables sujets est donc soumis à rude épreuve. Mais à peine a-t-il voté qu’il est confronté à un autre constat, guère plus stimulant pour sa participation: il n’est plus sûr d’avoir dit le dernier mot en s’exprimant. La recourite est à l’œuvre, dans une judiciarisation rampante de la politique. De Moutier à Genève, en passant par Peseux, le vote populaire est contesté, devant la préfecture ou devant la Cour constitutionnelle, par le camp des perdants. C’est dire que tout doit être fait, dans ce contexte, pour assurer au moins, quel que soit son mode, la sécurité absolue du scrutin. Pitié pour le vote populaire, dévalorisé par sa fréquence, contesté à peine émis et manipulé à la chancellerie!

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