Chaque année, la Fondation Genève Place Financière présente une étude conjoncturelle basée sur un sondage approfondi auxquelles participent les acteurs du secteur. Elle a fait cette fois les grands titres de la presse locale. C’est ce que souhaitait son président, Yves Mirabaud, qui a actionné vigoureusement le signal d’alarme.

L’étude conjoncturelle proprement dite n’apporte pas d’éléments nouveaux. On savait que le premier trimestre 2016 avait été difficile pour les banquiers; on se doutait également qu’ils n’attendaient aucune amélioration sensible pour l’année en cours.

Communication musclée

C’est plutôt le contexte qui explique cette communication musclée. La partie de l’étude qui concerne les conditions-cadres est à cet égard très éclairante. Achevant un long purgatoire, la place financière genevoise est aujourd’hui à la croisée des chemins.

Affaiblie par la crise financière, Genève, spécialisée dans la gestion de fortune, s’est évidemment retrouvée dans l’œil du cyclone, lorsque le G20 et l’OCDE ont décidé de s’attaquer sérieusement à la fraude fiscale et au blanchiment d’argent. Les exigences des USA, l’abolition du secret bancaire, l’échange d’informations ont obligé les banquiers à changer leur modèle d’affaires. Les clients qui avaient choisi la Suisse pour frauder le fisc de leur pays sont partis.

Impressionnante résilience

Les banquiers genevois ont toutefois fait montre d’une impressionnante résilience: les masses sous gestion ont bien résisté. En revanche, les marges ont été fortement réduites, puisque les banques sont désormais rémunérées sur le seul talent de gestionnaire et non plus en en monnayant le secret bancaire.

En conséquence, la contribution en valeur réelle du secteur financier au PIB genevois a baissé de plus de 20%. Après la dégringolade des années 2008-2011, elle s’est finalement stabilisée légèrement au-dessous des 8 milliards de francs. La part du secteur financier qui avait atteint pratiquement le quart du PIB cantonal a chuté en dessous des 15%.

Tôt ou tard, le peuple devra se prononcer

Le plus dur est-il derrière? Sa mue achevée, la place financière genevoise va-t-elle voir la fin du tunnel? La réponse n’est pas simple. Le sort de la place financière dépend d’abord de l’issue de deux décisions qui doivent être prises, respectivement par le peuple suisse et par le peuple genevois,

Au niveau fédéral, l’enjeu, ce sont les bilatérales. La solution retenue par le Conseil national, la non-application de l’initiative contre l’immigration de masse, ne peut être que provisoire. Tôt ou tard, le peuple devra dire clairement s’il veut ou non sauver les bilatérales quitte à renoncer à des quotas pour l’immigration européenne. Si c’est non, les banques suisses perdront tout espoir d’obtenir le libre accès au marché européen. Elles devront donc se développer ailleurs (au Luxembourg probablement), voire délocaliser une partie de leur activité. Le déclin de place financière genevoise serait donc programmé.

Les banques bien conscientes des enjeux

Au niveau cantonal, c’est la perspective d’un éventuel échec de la réforme de l’imposition des entreprises (RIE III) qui inquiète, même si les conséquences sont indirectes. Si le peuple devait refuser un taux unique d’imposition autour de 13%, il ne fait aucun doute que les sociétés de négoce quitteraient notre canton. On verrait alors la disparition d’une activité très profitable, le Trade finance, soit, en bon français, le financement des opérations de négoce, dont Genève est l’une des capitales au niveau mondial.

L’avenir de place financière genevoise dépend aussi de sa capacité à se transformer. Sur ce dernier point, le sondage de la place financière montre que les banques sont bien conscientes des enjeux: l’avenir appartient à ceux qui sauront négocier le virage des fintechs, monter dans le train de la finance durable et être performant dans la gestion d’actifs. Reste bien sûr à concrétiser!

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