Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Image d’illustration: rentrée scolaire à l’école Place du Grand-Saconnex. Genève, août 2016.
© SALVATORE DI NOLFI / Keystone

Opinion

Plaidoyer pour refaire l’école genevoise

OPINION. Jean Romain, député PLR et grand critique de l’école genevoise actuelle, réagit à notre enquête sur la crise du Cycle d’orientation

Après le sévère rapport de la Cour des comptes (2014) sur le Cycle d’orientation, après le rapport de l’été 2017 sur le burn-out des profs, après l’inaction d’un DIP tétanisé, voici qu’un éclairage cru (Le Temps, 9 avril) pointe la catastrophe qu’est devenue l’école genevoise, en particulier le Cycle d’orientation (CO).

Les tenants du régime et les gardes rouges du système nous serinent depuis leur camp retranché que tout va plutôt bien; plus personne n’est dupe lorsque deux profs sur trois admettent «devoir tenir le coup» jusqu’à la fin de l’année! Voilà le programme: tenir le coup.

Les profs n'en peuvent plus

Les profs n’en peuvent plus, ils sont lessivés; sans autorité, les choses se compliquent. Et mettre tous les élèves dans un unique niveau n’est pas la solution. Quant à la psalmodie qui entend seulement aider les élèves à s’enseigner eux-mêmes, cela revient à obliger chacun à refaire pour son compte le parcours historique des connaissances. On délire, et les raisons de la déprime sont plurielles:

– D’abord, il ne s’agit plus de transmettre un savoir, ni de se faire le passeur de l’héritage culturel mais d’animer les classes. Aux exercices répétitifs, on a préféré les activités; au travail, le jeu; à la règle, l’option. Le mode «cool» est branché en permanence sur l’école, qui est devenue une sorte de gardiennage dans lequel le prof est réduit à tenter de maintenir un ordre sans cesse vacillant. Peu soutenue par sa hiérarchie, son autorité est partout contestée: par ses élèves, par les parents qui entendent participer à la cogestion des cours, reformuler les barèmes, s’exprimer sur le contenu et la méthode; par les directions enfin qui ne défendent plus leurs maîtres et les laissent seuls exposés à la critique externe.

- Ensuite, l’enseignement est un art, et ceux qui sont incapables de l’exercer en ont fait une science. Un des facteurs centraux de la péjoration du métier provient directement de l’IUFE, carcan idéologique et passablement indigent, qui se prétend le garant des «sciences de l’éducation». Moins longtemps les futurs enseignants seront exposés à cette idéologie désastreuse de «l’élève au centre», mieux ils se porteront.

Ce glissement progressif de l’instruction vers l’éducation a transformé le professeur en éducateur, ce qu’il n’est pas, et ce qu’il ne veut pas être

- De plus, la difficulté éducative que rencontrent bien des parents, le laxisme, le désarroi, l’interrogation permanente sur les valeurs à promouvoir, les a poussés à demander à l’école de faire ce qu’elle n’a pas vocation de faire au premier chef: éduquer. L’école doit instruire, l’éducation est d’abord l’affaire des familles. Ce glissement progressif de l’instruction vers l’éducation a transformé le professeur en éducateur, ce qu’il n’est pas, et ce qu’il ne veut pas être. Et le stress est démultiplié.

- En outre, la dévalorisation sociale des professeurs (des fonctionnaires qui ont trop de vacances) a fait de ce métier un métier exposé à toutes les critiques. Le professeur, ordinaire serviteur de l’Etat républicain, est devenu celui qui doit mettre de bonnes notes parce que le droit aux études est devenu un droit aux résultats. Et la pression sur lui est énorme, pression parentale mais aussi pression hiérarchique.

- A cela s’ajoute l’inflation bureaucratique qui a transformé le métier. L’Etat a tellement peur des recours, des plaintes, des réactions diverses, qu’il se blinde; et les profs doivent sans cesse remplir des formulaires, justifier par écrit leurs moindres démarches, écrire des lettres, faire des statistiques, qui s’ajoutent à la réunionnite, aux animations diverses, aux sorties infinies, aux préparations festives, pour rendre l’école ludique.

- Enfin, l’école est l’objet de toutes les réformes, en rafale. Les nouveautés à peine intégrées sont rendues obsolètes par de nouvelles réformes absurdes, et cette danse incessante contribue à l’instabilité du métier.

Un échec sur tout la ligne

Dans ce contexte, le métier s’est détérioré. L’école genevoise souffre de la doxa qui consiste à psalmodier qu’il faut «réduire les inégalités sociales». Noble but! Mais cela ne passe pas par l’école, incapable de le faire sans réduire les exigences, réduire la ration de travail, réduire les devoirs à domicile, réduire l’autorité de la parole enseignante, réduire les rythmes scolaires et supprimer les notes. On a tout essayé. Sans succès. Et non seulement on a formé des malappris, turbulents et ignares, indisciplinés, on a déculturé les jeunes, mais on n’a pas réduit les inégalités lorsque 17% des élèves ont de grandes difficultés de lecture (PISA) au sortir du CO. Un échec donc.

Il faut partir sur d’autres bases pour refaire l’école.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo opinions

Cannabis: adieu fumée, bonjour vapeur

Fumer, c’est aussi dangereux que has been. Pour profiter du goût et des effets du CBD sans se ruiner la santé, mieux vaut passer aux vaporisateurs de cannabis, élégante solution high-tech qui séduit de plus en plus de Suisses. Nous les avons testés

Cannabis: adieu fumée, bonjour vapeur

n/a
© Gabioud Simon (gam)