Le Rwanda est une plaie toujours vive. Kofi Annan, le secrétaire général de l'ONU, le redira aujourd'hui à Genève. Le génocide qui partit de Kigali le 7 avril 1994 est une blessure que la communauté internationale ne parvient toujours pas à faire cicatriser. Il y a dix ans que s'abattit sur ce petit pays d'Afrique centrale, longtemps considéré comme la terre promise des missionnaires catholiques, l'ouragan d'acier des machettes et des gourdins lardés de clous utilisés par la populace hutue fanatisée pour tuer des centaines de milliers de Tutsis et de Hutus modérés. Et le fantôme de cette horreur a de quoi, une décennie plus tard, nous donner des cauchemars. Les Rwandais, comme avant eux les Cambodgiens broyés par «l'Angkar» – l'organisation – des Khmers rouges, furent abandonnés, sacrifiés sur l'autel d'un machiavélique mélange d'indifférence, d'intérêts divergents des puissances et de lâcheté face à cette folie ethnique pourtant largement instillée, ici, par le colonisateur belge. Or qui peut prédire que cela ne recommencera pas?

Le Rwanda nous fait mal parce qu'il a exposé au grand jour, dans le sang, les errements des religieux, des Nations unies et de grands pays européens et amis. Qu'on le veuille ou non, les machettes des «interahamwe» hutus ont aussi tué nos illusions. Ceux qui ont demandé pardon au peuple rwandais, comme la Belgique, sont maintenant tétanisés par le remords chevillé au corps dans leur rapport à l'Afrique. La France, qui s'y refuse scandaleusement, se contente de tempérer son cynisme tout en continuant de quadriller son «pré carré» à la hussarde. La tragédie rwandaise et son odeur de mort pestilentielle sont une matière à sermons, minutes de silence, colloques et oraisons. Il le faut. Les Rwandais attendent des excuses et ont besoin de notre solidarité. Mais ouvrons les yeux: la communauté internationale, aujourd'hui, ne pleure malheureusement pas que les victimes rwandaises. Elle pleure aussi ses contradictions, son impuissance et ses limites.

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