Revue de presse

La plainte (en justice) de Greta Thunberg divise

Hier à New York, la militante du climat ne s’est pas contentée de dénoncer, au bord des larmes, l’inaction des dirigeants du monde sur le climat. Avec quinze autres jeunes, elle a porté plainte contre cinq pays pour mise en danger des enfants. La perplexité l’emporte dans les réactions

«Défiler tous les vendredis pour dire que la planète brûle, c’est sympathique, mais ce n’est pas le problème»… Visiblement, Greta Thunberg a écouté Emmanuel Macron, écrit le Huffington Post, et décidé de passer à la vitesse supérieure.» Seize jeunes âgés de 8 à 17 ans et venus de 12 pays, dont la militante suédoise, ont profité du sommet de l’ONU sur le climat ce lundi 23 septembre pour lancer une nouvelle offensive, juridique cette fois: ils attaquent en justice l’inaction des dirigeants comme une atteinte à la Convention de l’ONU sur les droits de l’enfant. Bien que ce texte, le plus ratifié du monde, ait 30 ans et engage ses signataires à protéger la santé et les droits des enfants, «ils n’ont pas tenu leurs engagements», a condamné l’égérie suédoise du climat à la tribune, au bord des larmes. Une plainte soutenue par l’Unicef et par le cabinet d’avocats international Hausfeld. Et qui est accueillie diversement sur les réseaux – la presse semblant prendre son temps pour commenter ce nouveau développement.

Lire sur ce sujet: A New York, rage et des espoirs

«Miss Thunberg, que faites-vous des Etats-Unis, de la Russie, du Japon, de l'Inde ou de la Pologne», se demande une certaine Sylvie, «Macroniste anonyme», à l’image de très nombreuses réactions suscitées par le dépôt de cette plainte et relayées sur Twitter: l’incompréhension et la distanciation*. «Ces cinq pays ensemble sont responsables de 6% des émissions de CO2 du monde!» protestent d’autres.

Une dépêche AFP reprise par Le Monde, Les Echos et beaucoup d’autres rappelle opportunément que si les Etats-Unis, la Chine ou l’Inde, plus gros émetteurs du monde, ne sont pas épinglés, c’est qu’eux n’ont pas ratifié le protocole optionnel de la Convention des droits de l’enfant, qui depuis 2014 autorise les enfants à porter plainte devant le comité des droits de l’enfant de l’ONU s’ils estiment que leurs droits sont bafoués.

Les cinq pays visés par la plainte font partie des 44 signataires de ce protocole, en plus de figurer parmi les grands pollueurs de la planète, explique le cabinet Hausfeld, et ils sont influents au sein du club des pays riches du G20. La présence de vieux pays industriels comme la France et l’Allemagne s’explique parce qu’ils sont responsables d’une large part historique des émissions, même si aujourd’hui ils ne sont pas les plus gros émetteurs de gaz à effet de serre.

«L’Allemagne attaquée en justice par quinze enfants. Non, ce n’est pas un effet de mode qui va passer, la question est posée pour toujours», s’étonne sur Twitter le présentateur de météo allemand Özden Terli. «Est-ce qu’on peut se joindre à cette plainte?» demande un de ses abonnés…

Ce qui frappe sur les réseaux, c’est l’omniprésence de la photo où la jeune Suédoise, visiblement très émue, est prise en train de grimacer derrière son micro – l’image retenue par le Bild allemand, ou par CNN. Une photo utilisée par les détracteurs de Greta Thunberg, comme certains des commentateurs de la vidéo publiée par le Zeit – plus de 800 tôt ce mardi, quelques heures après sa mise en ligne. «Trump a encore raison. L’expression du visage montre bien son état mental. Cela ressemble à une irascibilité pathologique. Cela va habituellement avec un manque de raisonnement. C’est pourquoi Greta est si populaire auprès des gens qui vivent aux dépens des autres.» Les commentaires du Clarín argentin sont partagés – «Les plaignants sont «assistés par le cabinet d’avocats international Hausfeld». Je ne peux pas imaginer que ce puissant puisse simplement «aider» dans ce domaine», écrit l’un. «J’aimerais mieux discuter du problème et non de qui le soulève (si cette personne est autiste, jeune, a une certaine idéologie, etc.). C’est le changement climatique qui devrait nous inquiéter, répond un autre. Parce que si nous continuons à salir la planète, d’ici quelques années, nous n’aurons même plus d’eau à boire…»

Emmanuel Macron est probablement le chef d’Etat qui a réagi le plus fortement et le plus vite à l’annonce de la plainte de Greta Thunberg. «Il s’agit de positions très radicales de nature à antagoniser nos sociétés», a commenté le président français sur la radio Europe 1, tôt ce mardi. «Toutes les mobilisations de notre jeunesse ou des moins jeunes sont utiles. Mais il faut qu’elles se concentrent maintenant sur ceux qui sont le plus loin, ceux qui essaient de bloquer. Je n’ai pas le sentiment que le gouvernement français ou le gouvernement allemand, aujourd’hui, soient en train de bloquer […]. Quand je vois qu’on va fermer l’ensemble de nos activités charbon, qu’on stoppe l’exploitation d’hydrocarbures, qu’on est en train de bouger, je ne suis pas sûr que ce soit la voie la plus efficace.»

Le mot de la fin revient à Donald Trump. Alors que la petite vidéo montrant Greta Thunberg foudroyant du regard le président américain qui passe devant elle est en passe de devenir un mème,

le locataire de la Maison-Blanche n’a pas pu s’empêcher de se moquer de la jeune fille:

* Une autre réaction a été préférée à celle initialement retenue, qui allait dans le même sens et emblématique de nombreux commentaires, mais mal choisie. Erreur corrigée le 26 septembre.

Publicité