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Le dessin de Plantu.
© DR

Revue de presse

Plantu «islamophobe»: une polémique intergénérationnelle

Une fois de plus, le dessinateur Plantu se fait épingler pour islamophobie. Et si toute cette discussion relevait surtout d’un infranchissable conflit de générations?

Le printemps venu, à l’approche de la saison estivale, la mode d’été pointe son nez. Y compris au rayon plage, cerceaux et bikinis. Et une information venue du Royaume-Uni sème la panique sur les réseaux et met à feu et à sang les sites communautaristes: on parle ici de la nouvelle ligne de burkinis que met en vente ces jours le grand détaillant britannique Marks & Spencer.

Une pièce de vêtement – «Le Temps» le racontait hier en rubrique «Conversation» – qui rallumait de facto le choc des civilisations, entre celles et ceux que la «mode pudique» – oui, c’est ainsi désormais que l’on qualifie ces déclinaisons inspirées de la grande civilisation musulmane – enthousiasme et ceux et celles que cela horrifie, Pierre Bergé et la ministre des Droits des femmes Laurence Rossignol en tête.

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Mais le débat est monté d’un cran avec le dessinateur phare du journal «Le Monde», Plantu. Lequel se fendait en une de l’édition imprimée datée de mercredi d’un dessin dédié à la firme Dolce & Gabbana, qui se lance dans une collection de hidjabs… «A quand la fashion ceinture?», sous-entendu explosive, complète le dessinateur.

Que ne commettait-il donc pas là, l’infortuné? C’est du moins ce qu’il faut en croire en parcourant à la volée des sites comme Oumma, qui titre: «Rossignol, Bergé, Plantu: haro sur la «mode islamique»!».

Florilège: «Laurence Rossignol, la ministre des Droits des femmes, sur RMC, Pierre Bergé, le richissime fondateur de la maison Yves Saint Laurent et généreux mécène du Parti Socialiste, sur Europe 1, sans omettre le caricaturiste Plantu… Ce mercredi 30 mars a été placé sous le signe d’une offensive groupée contre la «mode islamique», chacun décochant ses flèches empoisonnées contre des collections de vêtements qui marient élégance et pudeur et font fureur… Un peu trop, sans doute, au goût de la République laïque, influencée par d’autres tendances, qui a sonné la charge soudainement et violemment!»

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Une argumentation qu’Oumma visse enfin par l’envolée suivante: «Aux propos racistes de Laurence Rossignol et au coup de gueule retentissant de Pierre Bergé qui a fustigé ces «créateurs qui participent à l’asservissement de la femme et qui devraient se poser des questions», tout en les conjurant de «ne pas enfermer les femmes dans des voiles, comme dans des prisons», a succédé le dessin de Plantu qui a franchi un autre palier dans l’abject, sous un coup de crayon bien mal inspiré… Si les deux premiers ont pitoyablement démontré que l’islamophobie du pouvoir en place et d’une certaine élite n’est pas une chimère, et pire encore, est pleinement assumée comme exhortait récemment à le faire Elisabeth Badinter, le dernier a prouvé tout aussi piteusement que l’on ne pouvait pas rire de tout et que l’excès de caricature à sens unique avait ses limites.»

Sur Konbini.com, la charge est de la même eau: «Sous le voile du dernier dessin de Plantu, une islamophobie inacceptable». L’auteur, Rachid Madjoub, estime que Plantu a dérapé «en se détournant du sujet ciblé, la mode islamique, pour dessiner une analogie entre islam et terrorisme. […] Mais, à défaut de railler la tendance par la satire, le dessinateur de presse de 65 ans se détourne du sujet pour s’autoriser un hors-piste regrettable […] non, Plantu: les femmes voilées ne sont pas des kamikazes potentielles, les musulman(e)s qui se respectent ne sont pas des terroristes, et les terroristes ne sont pas des musulman(e) s qui se respectent. Et non, Plantu, ton devoir, qui se veut pointu, responsable et décrypteur d’une actualité incessante, n’est pas rempli.»

Sur SaphirNews, le ton monte encore d’un cran dans cette «Lettre ouverte à Madame la ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes»: «Les médias sont déjà souvent présents pour attiser ces amalgames honteux entre musulmans et obscurantisme ou musulmans et violence. On pourrait aisément évoquer Plantu et sa caricature odieuse mettant en scène une femme musulmane avec une ceinture d’explosifs pour illustrer la récente polémique sur la «mode islamique». Il s’agit tout simplement d’un procès d’intention et d’une haine affichée clairement contre une femme musulmane sans arrêt fantasmée sous une version de violence et de débilité manifeste. Cet engouement envers et surtout contre la femme musulmane occulte complètement sa liberté de penser, sa capacité de choisir sa religion et ses vêtements, et surtout: son humanité et son intelligence.»

Il suffit ensuite de parcourir Twitter pour mesurer combien l’argumentaire des trois sites convoqués ci-dessus trouve un écho unanime. Ainsi, Plantu donne la nausée à Dounia Hadni:

Plantu concourt pour la journée de la connerie pour Anthony Bobenrieth:

Ou pour Claude Askolovitch:

Plantu fait dans l’amalgame pour Nassira El Moaddem:

A compulser toutes ces réactions, à supputer à la louche l’âge de ceux qui défendent Plantu versus ceux qui le trouvent imbuvable, on en vient à se demander si, contrairement à ce que pensait Samuel Huntington, et son choc des civilisations, ce n’est pas plutôt à un choc des générations que l’on assiste. Comme le suggère, sans peut-être s’en rendre complètement compte, le rédacteur de Konbini.com, Rachid Madjoub, dans la citation pointée plus haut et son passage symptomatique: «Le dessinateur de presse de 65 ans se détourne du sujet pour s’autoriser un hors-piste regrettable.»

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