La vie à 25 ans

Les playlists, ces fragments d’intime

OPINION. A l’époque des plateformes de streaming, les listes d’écoute personnalisées sont furieusement tendance. Une manière de partager ses états d’âme loin du bourdonnement du monde

Pour un apéro réussi en 2018, il vous faut: des bières artisanales, quelques amis, beaucoup de cacahuètes au wasabi… et une bonne playlist. Soit un enchaînement de morceaux ni trop mous ni trop exaltés, histoire de lancer la soirée. Pour ce faire, pianoter sur Spotify des termes anglais un peu absurdes comme «chill», «party», «wine & dine»… et appuyer sur Play.

En soi, le concept n’a rien de révolutionnaire. Il est même plutôt poussiéreux, à en croire ces films romantiques des années 1980 dans lesquels le héros maladroit offre une cassette personnalisée à celle qu’il aime en secret. Mais avec le boom des plateformes de streaming, bricoler des playlists est devenu carrément moins fastidieux. Et furieusement tendance.

Dans le casque d’Obama

Sûrement parce qu’elles satisfont nos appétits impatients et exigeants d’auditeurs 4.0. Personnalisables à l’extrême, ces bandes-son accompagnent chacune de nos humeurs, de nos activités à l’instant T. Et le catalogue est infini: il y a la playlist pour courir, pour coudre, pour pleurer une rupture, pour dormir sur un banc quand on a loupé son train (véridique) ou même pour les câlins (celle-là est proposée par le site de rencontres Meetic et pour votre gouverne, Instant Crush de Daft Punk serait idéal pour les préliminaires).

En fait, il n’y a rien de plus intime que la musique. Et c’est aussi pour ça que la playlist me fascine. Ecouter le mix concocté par quelqu’un d’autre, c’est plonger dans son univers, ses souvenirs, ses états d’âme, alors que le monde autour ne cesse de bourdonner. Avouez que vous aussi, vous vous demandez ce que diffuse le casque du collègue d’en face?

Playlists sponsorisées

Ou celui du président, pendant qu’on y est? Tendez l’oreille: de plus en plus de personnalités jouent aux DJ, de Lady Gaga à Presnel Kimpembé, en passant par Barack Obama, qui révélait en janvier son amour pour Travis Scott et Kendrick Lamar. Même les marques ont flairé l’affaire et se mettent, comme Chanel, à sponsoriser des playlists thématiques.

Mais loin des campagnes de marketing, le plus intense reste encore l’échange anonyme. Découvrir des albums pépites, dénichés pour nous par de parfaits inconnus, c’est pousser sans s’y préparer la porte d’univers insoupçonnés. Certes, notre époque nous prive des doux grésillements du gramophone, mais elle nous offre la magie du partage en ligne. Les nostalgiques peuvent la mettre en sourdine.


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