Opinion

Pour plus d’ambition européenne!

OPINION. Avons-nous réellement oublié notre communauté de destin européen au point de ne plus rien proposer pour la stimuler? écrit le président des jeunes démocrates chrétiens genevois et candidat au Conseil national

L’Union européenne est devenue un défouloir, une institution contre laquelle les coups de boutoir sont désormais délivrés sans retenue. Ces excès m’interpellent. Sur la forme, ils procèdent d’une démagogie outrancière qui ne semble plus choquer personne. Sur le fonds, cette critique fait fi des avancées historiques dont nous jouissons chaque jour.

La critique de forme repose sur l’idée que nous serions sous la coupe d’un monstre froid qui ne cesse de comploter afin de saper les souverainetés nationales. Quand bien même ce procès d’intention serait révélateur de certaines pratiques, est-il imaginable qu’un tel système existe? Une si jeune institution réunissant de si vieux Etats pourrait-elle nourrir la prétention d’échapper totalement aux entités démocratiques qui la composent? Trop de porte-voix propagent actuellement l’idée d’une fin de l’histoire, sans d’ailleurs proposer de réelles alternatives. A entendre les plus sûrs d’eux-mêmes, les Orban, Salvini ou bien encore Maurer, il suffirait de les suivre sur le chemin de la négation. Fini l’euro, la libre circulation des biens, des personnes et des services, adieu l’idée européenne. Il faudrait désormais détruire, sans aucune intention de reconstruire. Casser sans volonté de créer.

Discipline budgétaire

Et pourtant, sur le fond, l’Union européenne a signé de très belles avancées politiques ces dernières décennies, et ses échecs sont souvent liés au non-respect de leurs engagements par les pays membres. L’UE a-t-elle par exemple tort lorsqu’elle rappelle à ses membres leurs engagements à la discipline budgétaire nés de Maastricht? Dans un monde qui a vu l’Argentine déposer le bilan, les anciennes micromonnaies européennes seraient-elles aujourd’hui à l’abri de la voracité des marchés? Dans un autre registre, faut-il accabler l’Union européenne pour la création d’un espace de sécurité?

Sans Schengen, serions-nous en capacité de discuter avec Ankara de la manière dont il convient de gérer les flux migratoires? Sans un système d’échange d’informations policières, serait-il possible de traquer la grande criminalité et le terrorisme dans les silos des Etats-nations? Faut-il encore jeter la pierre à l’Union européenne lorsqu’elle protège les droits fondamentaux des citoyens de l’Union et fait la promotion des droits de l’homme dans le monde? Cet espace de paix n’a-t-il pas mis en place le système interétatique de protection des droits de l’homme le plus avancé au monde, qui permet par exemple de s’opposer sans ambiguïté à la peine de mort?

Nous achetons des milliards de devises européennes, pendant que le monde politique nie notre communauté de destin avec nos voisins

Par rapport à ces grandes avancées, la Suisse a souverainement démontré son envie d’Europe. Avec l’onction populaire, nous sommes entrés dans l’espace Schengen, en dépit de l’entrisme institutionnel d’un Christoph Blocher, alors chargé de ce dossier au sein du Conseil fédéral. De même, alors que tous les pays européens prenaient pour habitude de construire leurs budgets en respectant tant que faire se peut les cadres de la rigueur européenne, nous plébiscitions le frein à l’endettement par voie populaire. Aujourd’hui, la bonne tenue des comptes publics permet d’engager une politique monétaire adaptée à la réalité de nos échanges majoritairement européens. Paradoxe des temps modernes, nous achetons d’ailleurs des milliards de devises européennes, pendant que le monde politique nie notre communauté de destin avec nos voisins.

Notre manque d’ambition européenne

Face à toutes ces réalités que les manuels d’histoire retiendront sans doute, il me semble qu’une certaine humilité s’impose. Trop souvent, les maux profonds de nos sociétés révèlent une réalité: il n’y a pas assez d’ambition européenne en Europe. Soyons créatifs. Nourrissons la conscience des grandes réalisations continentales qui assurent notre prospérité. Dans son discours de la Sorbonne, Ernest Renan caractérisait la nation comme étant le lieu dans lequel les citoyens ont le sentiment d’avoir fait de grandes choses ensemble et de vouloir encore en réaliser davantage. Avons-nous réellement oublié notre communauté de destin européen au point de ne plus rien proposer pour la stimuler?

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