En vous embrassant avec chaleur, elle vous glisse discrètement une carte de visite peu ordinaire: «Wangari Maathaï. Nobel Price.» Et elle éclate d'un grand rire!

Il y a encore quelques années, cette biologiste de 68 ans bataillait dans les tribunaux contre Daniel Arap Moi, le président kényan, et séjournait fréquemment en prison pour subversion.

La voilà aujourd'hui première femme africaine à avoir reçu le prestigieux prix suédois (en 2004) et consacrée comme la plus flamboyante des écologistes.

Son levier? Des millions d'arbres, qu'elle replante sur les terres du Kenya, desséchées par la déforestation. Un projet fou et spectaculaire démarré dans les années 1960 avec des paysannes africaines et officialisé plus tard en obtenant des Nations unies un programme de reboisement, destiné à reconstituer la forêt sur 10% du territoire africain.

Voix grave, boubou coloré, Wangari Maathaï rit des difficultés passées, des brutalités policières, du machisme de ses adversaires. Mais elle est d'une détermination sans faille quand elle évoque ses rêves pour l'Afrique: recréer les paysages disparus, lutter contre l'exploitation des populations, combattre la corruption.

Lorsqu'elle se retire, après quatre heures d'entretien, subsistent dans son sillage des images du mont Kenya enneigé et des souvenirs de forêts de bambous illimitées.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.