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Pierre-Alain Raemy, gauche, commandant du corps de police, Pierre-Antoine Hildbrand, centre, municipal en charge de la Securite et de l'economie de la ville de Lausanne et Gregoire Junod, droite, Syndic de Lausanne, s'expriment lors d'une conference…
© VALENTIN FLAURAUD

éditorial

Plus qu’un énième plan policier, Lausanne a besoin d’assises de la drogue

EDITORIAL. Shootée à la bien-pensance, la municipalité de gauche a fini par reconnaître le problème posé par le deal de rue. Mais son plan d’action est loin d’être suffisant

C’est la première raison qui fait l’intérêt des réunions des Alcooliques anonymes: s’y rendre est un début de rédemption, qui souligne que l’on a pris conscience de l’affliction. Or la municipalité de Lausanne, depuis quelques années, ressemble à une toxicomane qui ne parviendrait pas à le reconnaître.

Shootée à la bien-pensance, sa majorité rose-verte a eu, face à des psychotropes différents, la même réponse fataliste. Le cannabis? Ce n’est pas si grave, il faudrait le légaliser. L’héroïne? Elle concerne une population précarisée, que l’on laisse prendre en otage la grande place de la Riponne, où l’on se sert des toilettes publiques comme d’un local d’injection officiel. La cocaïne? Pour les gens qui ont de «belles voitures, ou des plaques venues d’autres cantons» (sic), et les dealers sont tellement bien organisés qu’on ne peut, paraît-il, là encore, pas faire grand-chose.

Lire également: En Suisse alémanique, ce deal qu’on ne saurait voir

Le fait que le seul municipal PLR à Lausanne soit chargé de la police a sans doute accru le phénomène. Unique représentant de la droite depuis deux ans, il a déçu, craignant de se mettre, par une action décidée, en porte-à-faux avec ses collègues. Ces derniers trouvent sûrement politiquement commode de le voir échouer à leur place. On évoquait la semaine dernière la scène de la drogue lausannoise dans le plus grand quotidien d’Espagne, El Pais. Un internaute d’ici ironisait sur cette façon de parler de Lausanne comme si c’était Chicago. Il a tort: il n’y a pas de deal de rue en plein centre de la métropole de l’Illinois.

Ras-le-bol des électeurs

Mais grâce à la conseillère communale PDC ultra-minoritaire Sandra Pernet, alliée à un cinéaste peu suspect de vouloir casser de l’immigré, Fernand Melgar, la piqûre du doute a touché la municipalité. Acculé par le ras-le-bol de ses propres électeurs, l’ensemble du collège exécutif lausannois a donc annoncé mardi des mesures sécurisantes, prévues pour dissuader les transactions en centre-ville. Une présence en continu de policiers uniformés sur les six points chauds de la ville.

À ce sujet: A Lausanne, des agents «épouvantails» pour lutter contre le deal de rue

«Nous n’avons pas la prétention de résoudre tous les problèmes de drogue, nous nous concentrons sur la présence persistante du deal de rue», prévenait le chef de la sécurité. Mais Lausanne, en capitale du plus grand canton romand, doit s’investir en protagoniste dans la lutte contre la drogue. En commençant par réunir tous les acteurs concernés: police, justice, tourisme, service d’aide aux migrants, spécialistes de la drogue, du tissu urbain, de la nuit. En invitant aussi des responsables de villes alémaniques qui ont su trouver des pistes, des politiciens de tous bords, dont des élus à Berne, sans oublier les acteurs sociaux, riverains, etc.

S’écouter, reconnaître la maladie, la légitimité de toutes les paroles utiles, comme dans une réunion des Alcooliques anonymes. Il faut à Lausanne des assises de la drogue.


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