USA

Plusieurs oracles prédisent la destitution de Trump, c’est l’effet Paul le Poulpe

Contre tous les pronostics d’experts, le cinéaste Michael Moore et le professeur Allan Lichtman ont annoncé l’élection de Trump. Aujourd’hui, ils affirment que le nouveau président ne fera pas quatre ans, ce qui captive les réseaux sociaux

On connaissait Paul le Poulpe, l’oracle capable de désigner huit vainqueurs d’affilée à la Coupe du monde de football 2010, défiant tous les pronostics d’experts. On ne pensait pas que l’élection américaine du 8 novembre convoquerait le souvenir du calamar géant. Et pourtant deux hommes (ainsi qu’un ancien épisode des Simpsons) ont annoncé la victoire de Donald Trump quand tous les instituts de sondage et les algorithmes les plus sophistiqués, relayés par la majorité des médias, donnaient Hillary Clinton gagnante. Ces deux hommes? Michael Moore, documentariste très engagé à gauche, et l’historien américain Allan Lichtman.

Il sera élu parce que…

Michael Moore, d’abord. Palme d’or en 2004 pour «Fahrenheit 9/11», le documentariste publie le 26 juillet 2016, sur le site HuffingtonPost, une tribune dans laquelle il explique pourquoi Donald Trump l’emportera. Il relève cinq indices: le désarroi des «cols bleus» dans quatre grands Etats traditionnellement acquis aux démocrates (le Michigan, l’Ohio, la Pennsylvanie et le Wisconsin) après la destruction de la base industrielle; l’impopularité de Hillary Clinton, surtout auprès des femmes; l’ultime sursaut de l’homme blanc en colère; la déception des partisans de Bernie Sanders et, dernier argument, l’effet Jesse Ventura, ce catcheur sans expérience politique devenu gouverneur du Minnesota en 1998. Non pas par son talent, mais parce que sa candidature clownesque était un pied de nez à un système malade.

Au lendemain de la victoire du milliardaire, le billet prémonitoire de Michael Moore a été remis en ligne et partagé sur les réseaux sociaux, en particulier Facebook, des millions de fois. Entre le 8 et le 9 novembre, la version française du «Huffington Post» enregistrait même une augmentation de son trafic de 9118% avec cette seule tribune. Michael Moore, que ses fans avaient fini par abandonner parce que trop caricatural, redevenait cet indispensable commentateur de l’Amérique profonde qu’il connaît pour l’avoir arpentée de long en large, ce cinéaste d’intervention rapide, capable de réaliser en douze jours un documentaire-tract: «TrumpLand».

Rien de magique

L’autre oracle, Allan Lichtman, est professeur à l’American University of Washington. L’historien est connu pour ne s’être jamais trompé depuis 1984 sur le futur locataire de la Maison-Blanche. Sa méthode, mise au point en 1981 avec le mathématicien russe Vladimir Keilis-Borok, est fondée sur l’étude de 13 facteurs-clés. Dans les deux cas, leurs prédictions n’avaient rien de magique. Elles s’appuient soit sur l’observation attentive du terrain, soit sur une loi scientifique.

Mais aujourd’hui, Michael Moore et Allan Ritchman vont plus loin. Ils annoncent que Donald Trump ne finira pas son mandat. «Les républicains ne veulent pas de lui comme président car ils ne peuvent pas le contrôler. Ils lui préfèrent son vice-président, Mike Pence», explique le professeur d’histoire, qui précise que sa prédiction ne s’appuie pas sur sa méthode de calcul mais relève «de son instinct»: «Je suis certain que Trump donnera des motifs pour lancer sa destitution, soit en faisant quelque chose qui met en danger la sécurité nationale, soit parce que cela va l’avantager financièrement.» Même analyse chez Michael Moore, devenu entre-temps le chef de file du mouvement anti-Trump, qui lui ajoute une composante psychologique, en évoquant le narcissisme pathologique du milliardaire qui le conduira à la faute.

Ces deux textes, et plusieurs autres qui imaginent un même scénario de destitution ou de démission, circulent sur les réseaux sociaux comme une promesse de réparation pour les «traumatisés» du 8 novembre. Prudence toutefois. Donald Trump, c’est l’imprévisible fait homme. Et comme l’écrivait René Char: «Nous demandons à l’imprévisible de décevoir l’attendu.»

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