Opinion

Plutôt que de s’opposer aux quotas, il faut rechercher activement des femmes

OPINION. Le quota de représentation féminine proposé par la Confédération se heurte à une forte opposition au sein des conseils d’administration suisses. Plutôt que de lutter contre ces prescriptions, les entreprises devraient s’efforcer de féminiser rapidement les conseils, juge Reto Savoia, membre du comité directeur d’economiesuisse

Une enquête menée par Deloitte et swissVR auprès de quelque 450 membres de conseils d’administration, tous sexes confondus, montre que les conseils d’administration suisses aspirent à davantage de diversité: plus des trois quarts des personnes interrogées estiment qu’il est important d’accroître la diversité des conseils d’administration dans le cadre du renouvellement de leurs membres. Elles l’entendent en premier lieu au travers de personnes dotées d’expériences plus variées, de nouvelles compétences ou d’une formation différente.

Ce point de vue se nuance en matière d’égalité hommes-femmes: certes, près des deux tiers des membres de conseils d’administration seraient favorables à une hausse de la représentation des femmes, mais seules quatre personnes interrogées sur dix pensent de manière générale qu’il est important d’augmenter la part des femmes lors du renouvellement des membres des conseils d’administration. Qui plus est, neuf membres de conseils d’administration sur dix rejettent les quotas de représentation des sexes, tels qu’ils sont proposés par le Conseil fédéral et la commission du Conseil national. Je comprends tout à fait que les membres des conseils d’administration ne soient pas disposés à servir d’instrument en faveur de la réalisation d’objectifs sociétaux – d’ailleurs, ce sont surtout les PME que cela dérange le plus.

La Suisse reléguée au dernier rang

Toutefois, les chiffres en Suisse ne sont vraiment pas réjouissants: en effet, aucune femme ne siège au conseil d’administration de plus d’un tiers des principales sociétés suisses cotées. Et en matière de représentation féminine dans les organes dirigeants de l’économie, la Suisse est en général reléguée au dernier tiers des classements comparatifs à l’échelle internationale. A mon sens, la situation doit changer.

Aucune femme ne siège au conseil d’administration de plus d’un tiers des principales sociétés suisses cotées

De plus, comme les débats de la Commission parlementaire et les déclarations de plusieurs représentants des actionnaires l’ont souligné, les revendications concernant une représentation plus équilibrée entre hommes et femmes aux commandes de l’économie ne vont pas cesser. Les entreprises ne devraient donc pas s’obstiner à lutter contre les quotas. Je l’affirme, bien que personnellement, je ne sois pas non plus très enthousiaste à l’idée que l’Etat impose de tels quotas.

Pour agir différemment

Les entreprises doivent consacrer plus de temps et d’énergie à rechercher activement des membres féminins pour siéger dans les conseils d’administration. J’invite donc tout particulièrement les administratrices et administrateurs actuels à chercher des candidates en dehors de leur périmètre de recrutement habituel pour le renouvellement des membres.

Plusieurs études ont montré que les équipes mixtes sont plus performantes et que les femmes enrichissent le processus décisionnel parce qu’elles pensent et agissent différemment. A notre époque, les entreprises se doivent de déceler les tendances sociétales et d’en tenir compte dans leur stratégie, afin d’assumer leur responsabilité à l’égard des actionnaires, mais aussi de la société au sens large. Si les entreprises ignorent certaines questions pertinentes qui relèvent du développement durable, de la protection de l’environnement et de la responsabilité sociale, leur succès à long terme risque d’être compromis. La représentation des femmes dans les organes dirigeants fait partie de ces questions.

Pour lire l’étude: Quelles priorités pour les conseils suisses?


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