Cicorel, Schulthess, SAIA Burgess: cette semaine, trois entreprises suisses de taille moyenne présentent aux investisseurs leur plan d'introduction en Bourse. En clair, ces sociétés ouvrent leur capital pour lever des fonds et assurer ainsi leur développement. Cette vague n'est pas près de s'arrêter: depuis quelques années, la Bourse attire de plus en plus d'entreprises qui y voient un moyen moderne de se financer, mais aussi de se faire connaître et d'améliorer leur image.

Bien entendu, la tendance haussière des marchés boursiers n'est pas étrangère à cet engouement. La transformation «à l'anglo-saxonne» de la perception de l'économie, sur le continent européen, non plus: on agit de plus en plus en fonction de la valeur actionnariale (la fameuse «shareholder's value»). Mais cette évolution traduit aussi, en Suisse, un changement plus fondamental qui touche les petites et moyennes entreprises suisses.

Traditionnellement, les PME suisses sont familiales, le capital est verrouillé, l'information financière parcimonieuse, les successions cousues de fil blanc. Cette image d'Epinal jaunit rapidement. D'abord parce que l'évolution des mœurs et de la concurrence rend de plus en plus aléatoires les passages de témoin réussis. Combien d'entreprises florissantes ont-elles vu leur survie menacée parce qu'elles n'avaient pas su ou pas pu organiser une transition? Et que faire lorsque le secteur d'activité s'est transformé si vite que les actionnaires historiques ne comprennent plus ce qui leur arrive?

Deuxième facteur, la raréfaction des crédits simples et l'éclosion de diverses formes de capital-risque. Echaudées par les excès de la décennie précédente, les banques ont développé des structures d'aide à l'éclosion des PME, qui débouchent sur l'introduction en Bourse – système d'autant plus intéressant pour les banques qu'il y a une commission à prendre.

Troisième élément, l'effondrement progressif des frontières. De nouvelles exigences concurrentielles demandent non seulement plus de capitaux pour la recherche et le développement, mais aussi un apport de compétences extérieures (souvent même étrangères à la Suisse). L'ouverture du capital est susceptible de les attirer, parce que l'introduction en Bourse signifie transparence des comptes et des objectifs, mais aussi possibilité de rémunération par des options sur titres ou des actions.

Bien sûr, au début, les institutionnels s'approprient les titres mis sur le marché par ces PME aux dents longues. Mais le succès populaire d'entreprises comme Esec, Phonak, Disetronic ou Kaba, dont les titres ont essaimé dans le public, montre aussi une réappropriation du tissu économique du pays par le biais de la Bourse. Un effet bénéfique de l'euphorie financière, qui profite aussi à la qualité et au nombre des emplois en Suisse. Et qui devrait inciter certains patrons trop frileux à sortir de leur cocon, pour le bien de leur entreprise.

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