Le débat sur le nucléaire redémarre au moment où un nombre croissant de collectivités publiques sont tentées d’en tourner la page. Autant dire qu’il tombe à point nommé, car il offre l’occasion de se pencher sérieusement sur les besoins futurs en énergie et la manière de les satisfaire, et cela à l’instant précis où le ministère en charge du dossier change de pilote.

Il est impossible de dire aujourd’hui si l’on aura besoin de zéro, une, deux ou trois centrales à l’avenir. Le revirement de l’Allemagne sur sa sortie du nucléaire montre qu’il s’agit d’une question complexe. Si l’on veut s’affranchir complètement de cette ressource énergétique, il y a quelques questions préalables auxquelles il faut répondre. Peut-on renoncer complètement à l’apport du nucléaire, qui constitue l’une des deux principales sources d’approvisionnement en Suisse? Sinon, par quoi peut-on le remplacer et dans quels délais?

Les récentes consultations populaires informelles montrent l’attachement de la population aux énergies renouvelables. Avec le potentiel offert par l’énergie hydraulique, la Suisse est bien placée pour aller dans cette direction. Mais il y a là aussi des obstacles à franchir.

Les milieux écologistes, ceux-là mêmes qui réclament la sortie du nucléaire, sont aussi ceux qui veulent imposer des règles plus strictes à l’exploitation des barrages. Et ce sont les mêmes qui font opposition à l’implantation d’éoliennes sur les crêtes sous prétexte qu’elles portent atteinte au paysage.

Par ailleurs, le sort de l’énergie atomique ne peut être dissocié de la gestion de ses déchets. Là également, des décisions cruciales devront être prises ces prochaines années. Elles constituent un préalable à la décision de poursuivre ou non l’aventure nucléaire.

Le débat qui s’amorce grâce au dépôt des expertises sur Beznau, Gösgen et Mühleberg est sans doute l’un des plus fondamentaux que la Suisse doit mener ces prochaines années. Il convient de s’y engager avec pragmatisme et sans œillères idéologiques.

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