L'armée d'occupation américaine en Irak dispose de ressources insoupçonnées. Elle salarie même des artistes virtuoses, mi-sculpteurs, mi-taxidermistes. Ce sont eux qui ont «reconstruit» les visages d'Oudaï et de Qoussaï, les deux frères cinglés, pulvérisés en milieu de semaine dernière dans une villa de Mossoul. Un peu de mastic, trois coups de pinceau, quelques morceaux de chairs éparses, un fragment de mâchoire (important, la dentition), et beaucoup de savoir-faire: réjouissez-vous, braves Irakiens, vos anciens maîtres honnis ne sont plus de ce monde, le doute n'est pas permis, nous les avons identifiés. On ne demande qu'à le croire. Encore faudrait-il, pour s'en convaincre, pouvoir disposer d'un quelconque accès à une information indépendante.

Forte de cette victoire, la coalition anglo-américaine, pourtant embourbée dans une pacification chimérique, vient d'annoncer que le doute ne ferait pas partie de son tableau de chasse. La capture de Saddam, dit-elle, n'est «plus qu'une question de temps». Les jours de l'«as de pique», trophée ultime de la traque aux anciens pontes du régime baassiste, sont donc comptés. Vraiment? La rue arabe, qui ne manque pas de ressources, se gaussait hier à Bagdad des certitudes américaines. «Il se peut qu'ils capturent l'un de ses sosies, pendant que le vrai Saddam se la coule douce en Syrie», a confié un Bagdadi à notre envoyée spéciale.

On ferait volontiers crédit à la première puissance mondiale de sa grande confiance au moment de toucher au but. Sauf que. Sauf que le précédent ennemi numéro 1, un certain Ben Laden, court toujours. Ou est mort; mais sans preuves, cela revient au même. Sauf que les chaînes panarabes, Al-Jazira et la nouvelle Al-Arabiya, contre-propagandistes rusées, font leur miel de la forfanterie américaine. Sauf que, côté certitudes, existait aussi celle de trouver toute la panoplie des cochonneries chimiques ou nucléaires sur les bords de l'Euphrate. Alors? Alors bonne chasse.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.