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Polanski, un grand film avant la nuit

Précédée d’une nouvelle accusation de viol à l’encontre du cinéaste, la sortie de «J’accuse» est pour le moins mouvementée. Deux camps s’opposent: les uns crient au génie quand les autres appellent au boycott

Quel film faut-il aller voir? En fin de semaine, on me pose souvent cette question. Ces jours, ma réponse est immédiate: J’accuse, de Roman Polanski, qui retrace l’affaire Dreyfus. Ce conseil suscite des réactions contrastées, Polanski n’étant pas un réalisateur comme les autres. Il s’agit d’abord d’un citoyen franco-polonais qui a connu l’enfer du ghetto de Cracovie et dont la mère, alors enceinte, est morte à Auschwitz; et c’est ensuite un mari dont la jeune épouse, Sharon Tate, elle aussi enceinte, a été assassinée en 1969.

Notre critique du film:  Quand Polanski relit «J’accuse»

Mais ce dont on se souvient, c’est du Polanski qui, huit ans plus tard, fut accusé du viol d’une fille de 13 ans. Il a plaidé coupable, fut condamné à 90 jours de prison puis libéré après en avoir purgé 42. On connaît la suite: par peur d’un nouveau procès, il fuira les Etats-Unis et, sous le coup d’un mandat d’arrêt, sera arrêté par la police suisse en 2009, avant que la justice helvétique, refusant son extradition vers les Etats-Unis, ne le libère. Depuis, plusieurs autres femmes l’ont accusé de viol.

Un problème: l’omerta

La dernière en date a parlé il y a une semaine, à quelques jours de la sortie de J’accuse, déclenchant une vive tempête médiatique alors qu’il y a deux ans, son précédent long métrage n’avait fait aucun remous. Mais voilà, son phénoménal J’accuse est très loin du mauvais D’après une histoire vraie, il sort après l’affaire Weinstein et dresse en outre une sorte de parallèle entre son destin et celui de Dreyfus.

Dès lors, les appels au boycott se multiplient. «Polanski violeur: cinémas coupables, public complice», a-t-on pu lire sur des panneaux brandis à Paris par des manifestantes qui se trompent de cible. Les cinémas se contentent en effet de projeter un film qui est une véritable leçon de mise en scène, et je ne me sens aucunement coupable en l’écrivant. Parmi les nombreuses prises de parole, la plus intéressante est celle de la scénariste genevoise Stéphane Mitchell. Sur le plateau du 19h30, elle a expliqué que l’important est d’ouvrir le débat: «Le problème, ce n’est pas Polanski; c’est le système qui, dans le milieu du cinéma, conduit à des abus de pouvoir et à des violences sexuelles. Il faut briser l’omerta.»

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Le voilà, le vrai problème: l’omerta. Il faut que les victimes et les témoins parlent, que la justice fasse son travail, que l’industrie du cinéma se réforme. L’important, aujourd’hui, est de tout faire pour que les coupables soient dénoncés lorsque les faits ne sont pas prescrits. Il ne faut pas que, dans trente ans, on soit obligé de se demander si l’on doit boycotter un film réalisé par une personne qui, en 2019, avait abusé de son pouvoir.


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