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La «nouvelle» route des migrants passe par le col de l'Echelle, dans le département français des Hautes-Alpes, à 1762 mètres d'altitude et à 6 kilomètres de la frontière avec l'Italie.
© K.Weise/Fr.wikipedia.org

Revue de presse

La polémique enfle après l’interrogatoire de la journaliste du «Temps» à Briançon

Les médias français se sont emparés de cette affaire, le plus souvent pour faire part, indirectement et dans la foulée du témoignage de Caroline Christinaz, de leur étonnement face à un comportement excessif et/ou inadéquat des autorités

«C’est un reportage qui tourne mal», commente d’emblée Valeurs actuelles. On le sait: la journaliste du Temps Caroline Christinaz qui faisait un reportage sur les migrants dans la région de Briançon (Hautes-Alpes) en France a été arrêtée et interrogée par la gendarmerie le week-end dernier, tandis que les autorités judiciaires françaises ont confirmé son audition dite «libre» (sans contrainte) à l’Agence-France Presse (AFP), notamment reprise par Le Figaro.

Notre envoyée spéciale avait pris place samedi dans une voiture d’un habitant des Hautes-Alpes, qui portait secours aux migrants franchissant le col de l’Echelle, à 1762 mètres d’altitude, alors partiellement enneigé, pour entrer en France depuis l’Italie. Un second véhicule transportait un journaliste de la radio France Culture, Raphaël Krafft *, auteur du livre Passeur, aux Editions Buchet/Chastel, dont Le Figaro avait également raconté la genèse en février dernier.

A leur descente du col, alors que les deux voitures avaient recueilli quatre migrants qui se trouvaient le long de la route, ils ont été arrêtés par la gendarmerie «à l’entrée du village de Val-des-Prés, précise 20 Minutes (France). Ces derniers «ont été emmenés par les militaires», puis les deux journalistes ont été convoqués dimanche pour interrogatoire à la gendarmerie de Briançon. Au passage, les internautes du journal gratuit jugent «normal» le fait qu’une enquête ait été déclenchée en pareil cas, tout comme ceux du site Jeanmarcmorandini.com, qui pensent qu'«être journaliste n’est pas un passe-droit».

«Transis de froid»

Ce mercredi matin, dans le Journal de 8h de France Culture, Raphaël Krafft a décrit cette expédition où ils sont tombés un peu par hasard sur les quatre mineurs «transis de froid». Puis leur interpellation par la gendarmerie nationale, avec le son enregistré au moment des faits qui fait état d’une situation d'«enfants en danger» dont le journaliste donne les prénoms. Il annonce par ailleurs que le récit complet de ces événements sera détaillé ce vendredi sur les ondes de Radio France – de même que dans Le Temps.

Seulement voilà. «Lors de son interrogatoire, notre consœur a subi des tentatives d’intimidation de la part des gendarmes et du procureur, qui l’ont mise en cause alors qu’elle ne faisait qu’exercer sa profession», dénonce Stéphane Benoit-Godet, rédacteur en chef du Temps. Ni une ni deux, interrogé par l’AFP, le procureur de Gap, Raphaël Balland, a alors accusé le quotidien «de tenir des propos totalement diffamatoires à [son] encontre», assurant «n’avoir été informé par les gendarmes de l’audition de la journaliste suisse qu’à son issue».

Depuis le début de la semaine, les médias français se sont emparés de cette affaire, le plus souvent pour faire part, indirectement et dans la foulée du témoignage de Caroline Christinaz, de leur étonnement face à un comportement jugé excessif et/ou inadéquat des autorités dans le sous-texte. Ce, à l'occasion d'un interrogatoire considéré comme très intrusif en matière de vie privée. Mais dans Le Dauphiné libéré, on apprend que pour Raphaël Balland, il ne saurait être «question de s’excuser». A ses yeux, le rédacteur en chef du Temps va «donc devoir démontrer» la preuve de «tentatives d’intimidation» par le parquet. «Quant au préfet des Hautes-Alpes, Philippe Court, il ne souhaite pas s’immiscer dans cette enquête en cours.»

L’ONG Reporters sans frontières (RSF), qui milite pour la liberté de la presse, juge quant à elle dans un communiqué que «traiter un journaliste comme un suspect alors qu’il ne fait qu’exercer sa profession est une entrave au libre exercice» de sa profession. Elle a rappelé que la protection des sources des journalistes était consacrée par le droit français. Mais si RSF relève dans l’Hexagone «une recrudescence de pratiques violentes des forces de l’ordre contre des reporters» et que cela «n’est pas digne de la France», contactée par Le Parisien/Aujourd’hui en France, «la gendarmerie de Briançon n’a rien voulu divulguer» à ce propos.

Franceinfo (FR3 PACA) précise par ailleurs que «selon le Code pénal français, les contrevenants» risquent tout de même «de lourdes amendes et des peines de prison, jusqu’à 5 ans» pour une aide à l'immigration illégale. Le journaliste français, lui, a été convoqué le dimanche après-midi, «en qualité de témoin». Confirmation au conditionnel des propos tenus par le procureur: «Il semblerait que l’autorité judiciaire soit intervenue auprès de la gendarmerie de Briançon après l’audition» de la journaliste du Temps.

La radio Alpes 1, elle, indique que le procureur «regrette n’avoir appris qu’après les faits cette audition et qui, malgré ce qu’avance Le Temps, n’était pas là lors de l’audition». Il a précisé qu’il s’agissait «d’une enquête habituelle». «Si l’officier de police judiciaire a estimé qu’il fallait entendre» notre consœur, c’était «une audition libre». Cette dernière, dit-il, «n’a pas été interpellée», mais l’autorité policière «a jugé qu’il y avait une raison plausible qu’elle ait pu participer» à l’entrée des jeunes migrants sur territoire français. «Les journalistes sont des citoyens comme tout le monde», ajoute le procureur de la République, pour justifier les faits.

Quelles suites judiciaires?

La radio-TV régionale Dici est plus directe. Elle affirmait, fermement cette fois, mardi en début de soirée, que le procureur de la République n’a été informé par la gendarmerie qu’à l’issue de l’audition, «le dimanche 12 novembre en fin de matinée». Et, «apprenant qu’un second journaliste était également convoqué pour une «audition libre» dans l’après-midi, et au regard des premiers éléments d’enquête qui lui étaient communiqués, le procureur de la République a alors donné pour instruction de n’entendre le second journaliste que dans le cadre d’une audition de simple témoin» (c’est-à-dire non mis en cause).

Et d’enchaîner sur le sort qui sera réservé à cette affaire: «L’enquête diligentée par les gendarmes se poursuit afin de vérifier les conditions précises dans lesquelles les étrangers ayant illégalement franchi la frontière ont été pris en charge. A l’issue de ces investigations, le procureur de la République décidera des suites judiciaires qui seront données à ces faits.»


* A l’automne 2015, ce journaliste indépendant se trouvait à la frontière franco-italienne des Alpes-Maritimes, entre Menton et Vintimille. Il avait alors réalisé un reportage sur les exilés bloqués là dans l’attente de passer en France pour demander l’asile ou de continuer vers un autre pays. Dans le livre qu’il en a tiré, Il rencontre tour à tour des militants, des policiers, des fonctionnaires, une avocate spécialiste des droits de l’homme pour constater le drame de la situation. Et décide, par un acte de désobéissance civile, d’aider deux Soudanais, «Satellite» et Adeel, à franchir la frontière. A pied, Raphaël Krafft, son ami Thomas et les deux réfugiés entreprennent une ascension dans le parc du Mercantour, jusqu’au col de Fenestre, qui culmine à 2474 mètres, pour atteindre la France.


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