C’est l’histoire tragicomique de Jonas. Une histoire d’humour noir pour rappeler qu’en «2013, en Suisse, 1100 personnes ont été grièvement blessées ou tuées en raison de l’inattention». Que la même année, «la distraction était à l’origine d’un accident grave sur quatre». Et que «66% des piétons reconnaissent qu’ils téléphonent ou écoutent de la musique pendant leurs déplacements à pied». Ce qui est dangereux, on le sait. Mais ça se sait mieux quand on le répète.

Le clip ci-dessus le démontre à l’envi. «Financé en grande partie par le Bureau de prévention des accidents», nous dit 24 heures qui y consacre sa page 3 du jour, cette œuvre commandée par les «forces de l’ordre lausannoises vise la communication virale». Celles-ci ont «radicalement changé de ton pour s’adresser aux jeunes».

Son titre: «Anastase: le tour de magie». Jonas, donc, 24 ans, se promène dans la rue, casque d’écoute vissé sur les oreilles en train de «chatter» avec ses amis, donc à la merci de périls qu’il n’entend ni ne voit venir. Et le drame se produit, outrancier dans l’image: en traversant une rue sans prendre garde à la circulation, il se fait percuter par une voiture, violemment, gicle hors du cadre et fait pousser des cris d’horreur à une jeune fille qui a assisté à la scène.

«Décalé et percutant»

Le tout est encadré d’une fausse mise en garde de l’ironique Anastase, justement, incarné par notre confrère Fred Valet, plein de cynisme: «Si toi aussi tu veux réaliser ce tour incroyable, il te suffit d’un téléphone portable, de quelques morceaux de musique, d’une application SMS et surtout d’un p’tit peu d’inattention», prévient-il. Anastase, c’est le patron d’une agence de pompes funèbres, «sponsor principal de l’inattention». Le résultat s’avère «décoiffant», «décalé et percutant» (ce dernier qualificatif au sens propre), comme l’écrit 20 minutes, et destiné à être «diffusé sur les réseaux sociaux». On comprend le message vite et bien.

Et aussi, «avec ce clip, on rit jaune et on s’interroge. C’est le but. Les gens sont conscients de leurs mauvaises habitudes, pourtant elles perdurent. On joue avec l’émotion et l’affectif pour espérer un changement dans la durée», confie à 24 heures Magali Dubois, déléguée suisse romande du Bureau de prévention des accidents (BPA): «Nous avons sorti l’artillerie lourde! dit-elle. Les internautes ont ainsi la possibilité de répondre à un sondage après avoir visionné le clip.»

«Ames sensibles, s’abstenir…»

Même L’Est républicain en a parlé, qui prévient: «Ames sensibles, s’abstenir…» Et le 19h30 télévisuel de RTS Info (voir à 28 minutes) en a fait son miel mardi soir. «Une campagne choc», a-t-il titré. Avec un avertissement bienveillant de Darius Rochebin: «La police lausannoise veut frapper les esprits pour sauver des vies. Le film de prévention qu’on va voir est volontairement brutal. Attention aux images, qui peuvent choquer.» Comme si on allait assister à une sanguinolente scène de guerre.

«Faire de l’humour pour parler sérieux.» Le photographe de l’agence Rezo Jean Revillard explique ensuite le fonctionnement du message. Il parle même d’«humour suisse»… On est très flatté. Car il y a plutôt quelque chose de très British dans ce style-là.

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