Polices folkloriques par Daniel Audétat

Les polices cantonales ont tenu ces derniers jours le haut de l'affiche. Tantôt dans le rôle du bon flic, tantôt dans celui du méchant. Mais quel que soit le registre, elles ont mis en évidence la désuétude du cadre territorial qui les régit.

Un regard sur Fribourg d'abord. Malgré le mystère que les juges d'instruction maintiennent autour des arrestations, on devine que des collusions expliquent les faits reprochés aux officiers de police inculpés. Trop petite pour faire tourner ses agents d'une brigade à l'autre et éviter qu'ils nouent des relations troubles, la police fribourgeoise a sans doute involontairement favorisé les défaillances de ses cadres. Un facteur similaire a certainement joué au Tessin où des policiers tombent aussi.

Les polices fribourgeoises et tessinoises illustrent un autre travers du cantonalisme. Au début du mois, elles ont effectué toutes deux des descentes dans les milieux de la prostitution. Mais ni l'une ni l'autre n'ont jugé bon d'informer la police fédérale: dans les deux cantons et dans d'autres, les mêmes filières sont probablement à l'œuvre.

De son côté, la police neuchâteloise a décidé de créer une brigade financière. Mais contrainte de puiser dans son propre vivier, elle est obligée d'enseigner les rudiments de l'économie à ses agents, alors qu'elle aurait pu trouver des compétences confirmées dans un bassin de recrutement plus large.

Pour leur part, les policiers genevois démontrent que les frontières sont surpassables. Ne préparent-ils pas avec leurs homologues français un premier commissariat binational? L'exemple est spectaculaire mais encore bien en deçà des nécessités. Les organisations criminelles étrangères ont trop compris, dans le contexte européen, le profit qu'elles peuvent tirer de l'émiettement cantonal des polices. Ce folklore ne peut plus durer.

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