Editorial

Policier et avocat, un couple pas si maudit

La nouvelle génération d’enquêteurs, élevée au biberon de la procédure pénale unifiée, aura sans doute mieux compris que la présence d’un défenseur donne du poids et du crédit à une audition, consolide le contenu d’une déclaration et rend beaucoup plus difficile des contestations ultérieures

Ils ont dû apprendre à s’apprivoiser et à vivre ensemble dans une salle d’audition. Depuis 2011 et l’entrée en vigueur de la nouvelle procédure pénale, l’avocat a fait son entrée au poste de police. Une révolution pour la majorité des cantons et notamment pour Genève. Les craintes étaient grandes, et d’aucuns prévoyaient un véritable choc des cultures. Avec, d’un côté, des inspecteurs habitués à utiliser toutes les ficelles du métier pour faire avouer un suspect. Et, de l’autre, des défenseurs décidés à brandir le droit de se taire à la moindre occasion.

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Après bientôt sept ans de pratique, le bilan montre que l’expérience n’a finalement pas été aussi conflictuelle et que chacun y a trouvé son compte. Certes, les vieux briscards de la police judiciaire ont sans doute eu du mal à abandonner le tutoiement, à renoncer à déchirer un procès-verbal pour recommencer ou à le dicter après avoir discuté. La présence de l’avocat de la première heure a tué une partie de ce jeu tactique même si une tension certaine – et sans doute saine – demeure. Les pénalistes, eux aussi, ont réalisé que la meilleure manière d’occuper ce terrain si difficilement conquis pouvait varier d’une affaire à l’autre.

Un moment décisif

Dans cette phase d’accoutumance, les avocats, souvent jeunes, ont dû apprendre à tenir leur rôle face à des policiers aguerris. Sans dossier à disposition, à armes inégales et avec un client souvent choqué par une arrestation, la tâche est loin d’être évidente. Or, dans les affaires très graves, la toute première audition est un moment décisif car la déclaration initiale d’un prévenu est toujours considérée comme importante, surtout si celle-ci comporte des aveux.

L’histoire a déjà démontré que les ingrédients de l’erreur judiciaire se glissaient souvent dans des aveux extorqués sous la pression, et le prompt accès à un défenseur est devenu l’une des exigences fondamentales posées par la Cour européenne des droits de l’homme pour garantir le procès équitable. Cette assistance de l’avocat, essentielle au prévenu, s’avère également utile au travail policier.

La nouvelle génération d’enquêteurs, élevée ici au biberon de la procédure pénale unifiée, aura sans doute mieux compris et intégré le fait que la présence d’un conseil donne du poids et du crédit à une audition, consolide le contenu d’une déclaration et rend beaucoup plus difficiles des contestations ultérieures. Dans ce contexte, le policier ne devrait plus voir l’avocat comme un simple gêneur mais comme un acteur indispensable. Ce n’est pas encore gagné, mais c’est en bonne voie.

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