Et si la France, où la mémoire des émeutes de banlieues de 2005 reste vive, finissait par trop s’habituer aux violences policières? Cette question, posée aujourd’hui sous l’angle des «bavures» à caractère racial à la suite du drame de Minneapolis aux Etats-Unis, doit être empoignée vigoureusement par le gouvernement et par Emmanuel Macron.

Affirmer, comme viennent de le faire le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner et son adjoint Laurent Nuñez, que le racisme «n’a pas sa place» dans les forces de sécurité et promettre qu’il sera vigoureusement puni a le mérite de l’engagement solennel. Mais ces formules ne suffisent pas à répondre aujourd’hui à la colère des populations visées au quotidien par les interpellations brutales et par des méthodes de maintien de l’ordre discutables.

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Lors de la crise des «gilets jaunes», l’accumulation de cas documentés de blessures dues aux grenades de désencerclement ou aux tirs de LBD a alimenté les protestations, toutes générations et origines confondues. Dans les banlieues, des affaires aux circonstances opaques, comme celle du jeune Adama Traoré, décédé en juillet 2016 dans une gendarmerie du Val-d’Oise, ruinent la confiance des habitants des quartiers envers ceux qui portent l’uniforme, surtout parmi les jeunes. Bref, la liste des situations dans lesquelles la police républicaine se retrouve accusée est longue – bien trop longue. Y compris lors du confinement, de mars à mai, durant lequel contrôles et verbalisations à outrance ont accouché d’un énervement généralisé.

Un examen de conscience nécessaire

S’efforcer d’y remédier ne signifie absolument pas qu’il faille absoudre les manifestants ultra-violents et les délinquants, et considérer tous les policiers comme des suspects, voire des agresseurs. Au contraire: la société française doit s’interroger sur la recrudescence des incivilités, l’explosion des violences anti-flics et les défis posés aux forces de l’ordre, protectrices de la République et de la démocratie. Mais cela ne doit pas empêcher l’examen de conscience, au plus haut niveau de la police, de la gendarmerie et de l’Etat. Pourquoi ces dérapages? Pourquoi un recrutement si peu représentatif de la diversité de la population? Pourquoi cette tendance, illustrée par le très controversé préfet de police de Paris, aux harangues sécuritaires permanentes, dans un pays traumatisé par les attentats de 2015 et toujours sous état d’urgence sanitaire?

La France, contrairement aux Etats-Unis, a la chance de disposer d’importants amortisseurs sociaux. Ses banlieues, comme on l’a encore vu lors de la pandémie, sont traversées par de puissants réseaux de solidarité. Mais ce filet peut à tout moment craquer si l’autorité de l’Etat, incarnée par sa police, n’apparaît plus légitime. La tragédie de Minneapolis exige de restaurer d’urgence ce socle républicain.

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