France

Les policiers français souffrent du syndrome du bourreau et de la victime

Dans un contexte social tendu, les attaques se multiplient à l’égard des forces de l’ordre qui dénoncent une haine «anti-flics» grandissante

Tantôt braves héroïques, tantôt brutes autoritaires: les policiers cristallisent les tensions dans une France explosive. Ils sont ceux qui protègent, sauvent et apaisent, mais aussi ceux qui abusent parfois de leur pouvoir. Après deux mois d’affrontements en marge des manifestations contre la loi travail et du mouvement «Nuit debout», ils dénoncent la recrudescence d’une #HaineAntiFlic, passant ainsi du statut d’observateur à celui d’acteur. Mercredi, le rassemblement pacifique organisé à Paris par les syndicats des forces de l’ordre s’est achevé dans les flammes.

Las des agressions verbales et physiques dont ils font l’objet, les policiers étaient plusieurs milliers à s’être réunis mercredi dans une soixantaine de villes de France pour manifester à leur tour leur ras-le-bol. Place de la République, la tension monte très vite, à coup de slogans «flics, porcs, assassins» ou encore «tout le monde déteste la police». A l’heure du déjeuner, quai de Valmy, une voiture de fonction s’embrase, prise pour cible par des casseurs. Les deux agents présents à l’intérieur s’en sortent de justesse. «Aucune bavure policière ne justifie ces violences», a déclaré Danielle Simonnet, coordinatrice du Parti de gauche, jeudi sur Europe 1.

Unanimement dénoncée, la violence aveugle et gratuite émane de tous bords. Lacrymogène ou caillasse, barre de fer ou taser: si les armes utilisées varient, la logique reste identique. Et les dérapages, largement relayés sur les réseaux, se multiplient depuis quelques mois. Selon le Monde, plus de 350 policiers ont été blessés depuis le début des manifestations contre la loi El Khomri. L’Inspection générale de la police nationale a quant à elle annoncé mercredi à France TV Info avoir ouvert 29 enquêtes sur de possibles bavures policières. Fin avril, un jeune étudiant de 20 ans avait notamment perdu un œil, touché par un «tir de lanceur de balles» lors d’une manifestation à Rennes.

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Au lendemain des attentats terroristes, la population s’était pourtant unie derrière les différents corps de police, érigés en héros et salués pour leur courage. Depuis, la solidarité s’est fissurée, même si certains témoignent toujours leur reconnaissance. «Du respect pour ceux qui donneraient leur vie pour vous», implore un jeune homme sur Twitter. «On n’abdique pas l’honneur d’être une cible #JeSoutiensLaPolice», tweete @GFouchet, citant Cyrano de Bergerac. Face à ce qu’elle considère comme du laxisme, l’extrême droite s’engouffre dans la brèche. «Les socialistes attendent-ils un meurtre de policier pour réprimer les casseurs d’extrême gauche?», questionne Steeve Briois, député FN au Parlement européen.

Hasard du calendrier, la manifestation des policiers coïncide avec l’acquittement des deux agents poursuivis pour non-assistance à personne en danger lors des émeutes de 2005. «On notera que demain, 18 mai, c’est aussi les un an de la relaxe des policiers dans l’affaire Zyed et Bouna», tweete la militante Sihame Assbague, qui critique ouvertement les bavures policières. Interrogé dans l’émission «C à vous», le secrétaire général de la CGT, Anthony Caillé, dénonce quant à lui les «ordres venus d’en haut» qui ne visent plus la «pacification des manifestations», mais bien l’affrontement.

Dans un contexte social exacerbé, la haine «anti-flics» se nourrit des déceptions du président François Hollande, qui ne convainc aujourd’hui plus que 15% de la population française. Le policier cesse soudain d’être un citoyen pour devenir le symbole d’une politique répressive, le bras armé d’un gouvernement autoritaire. Or, policiers et manifestants souffrent en réalité du même mal. Les uns et les autres pâtissent d’un discours généralisant qui fait d’une minorité de casseurs et d’une poignée de flics violents, les incarnations de tout un mouvement.

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