éditorial

Politique étrangère suisse: le risque de rupture

ÉDITORIAL. Les crispations autour du Pacte de l'ONU sur la migration et d'autres dossiers internationaux montrent que la tentation de repli nationaliste affecte aussi la Confédération. Or le multilatéralisme est l'une des meilleures défenses des intérêts du pays, notamment à travers la Genève internationale

Inutile de se voiler la face: la Suisse est elle aussi happée par la vague de repli nationaliste. Depuis son adhésion aux Nations unies en 2002, elle a pourtant multiplié les efforts pour exister sur la scène internationale. Aujourd’hui, à écouter les débats qui font rage au parlement fédéral, force est de constater que le vent a tourné.

Le Pacte mondial de l’ONU sur les migrations? La diplomatie suisse s’est battue afin d’internationaliser un dossier qu’un Etat seul est incapable de gérer. Légalement non contraignant, le pacte devient pourtant le symbole d’un globalisme qui éroderait la souveraineté du pays. Se porter candidat au Conseil de sécurité en 2022? Ce serait bafouer la sacro-sainte neutralité suisse.

La plupart des candidats au Conseil fédéral, dont Karin Keller-Sutter, n’échappent pas à la tentation du repli: ils s’opposent au pacte onusien que le gouvernement doit approuver à Marrakech en décembre. Quitte à se ranger aux côtés de la Hongrie d’Orban, des Etats-Unis de Trump et de l’Autriche du chancelier Sebastian Kurz venu à Berne mardi dire sa désapprobation du pacte onusien. L’engagement moral et politique que présuppose le pacte est pourtant inhérent à la coopération internationale dont la Suisse se targue.

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Avec l’arrivée d’Ignazio Cassis à la tête de la diplomatie, beaucoup n’hésitent plus à parler de rupture. Se présentant en héraut du peuple et de la démocratie directe, le Tessinois s’appuie sur le parlement pour provoquer le débat sur le pacte migratoire ou sur la candidature de la Suisse au Conseil de sécurité. Ce faisant, il sape toutefois la prérogative constitutionnelle du Conseil fédéral en matière de politique étrangère. Etonnant pour un ministre.

Pour la Suisse, le repli nationaliste n’est pas une option. La Confédération n’est pas l’Amérique de Trump. Elle ne peut se permettre le luxe de tourner le dos au multilatéralisme au moment où les démocraties sont en danger et où les fondements de la future gouvernance mondiale seront peut-être jetés à Genève.

Les fortes crispations de certains parlementaires autour des soft laws devraient nous interpeller. La Suisse les utilise abondamment pour mener une diplomatie créative. La Genève internationale en produit en masse pour favoriser un monde non pas anarchique, mais raisonnablement régulé.

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