Sebastian Kurz est un chimiste politique. A 33 ans, le «Wunderkind», l’enfant prodige des conservateurs autrichiens, compte près de deux décennies de pratique, dont un mandat comme chancelier. Dans le laboratoire qu’est l’Autriche, il a déjà expérimenté une coalition avec le centre gauche. Trop inerte. Puis il a tenté l’alliance avec l’extrême droite du FPÖ. Bien trop explosif. Son chef de file, Heinz-Christian Strache, a été filmé en train de négocier le soutien d’une prétendue proche d’un oligarque russe. La diffusion de l’enregistrement a conduit à la chute du gouvernement en mai dernier. Malgré cela, ce dimanche, le parti de Sebastian Kurz arrivera probablement en tête des élections législatives. Et l’enfant prodige se trouvera une nouvelle fois face à cette question: avec qui faire alliance pour retrouver son bureau à la chancellerie?

Les points de convergence avec le FPÖ sont évidents, notamment sur le dossier migratoire. Dès le début de la crise des réfugiés en 2015, Sebastian Kurz a soutenu la fermeture des frontières européennes. Mais le risque, en reconduisant le pacte avec l’extrême droite, est énorme. Même sans le très compromis Heinz-Christian Strache, la formation conserve une odeur de soufre.

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Or une alternative est en train de se dessiner: une alliance avec les écologistes et les libéraux. Les deux formations sont en progression grâce à leur positionnement clair sur l’environnement. Sebastian Kurz lui-même a senti le vent tourner. Dès le début de l’été, à peine déchargé de ses responsabilités gouvernementales, il planifiait la prochaine élection et promettait que l’Autriche afficherait un bilan carbone neutre en 2045. Et cette semaine, son parti s’est joint à toutes les autres formations du pays – à l’exception du FPÖ – pour décréter l’état d’urgence climatique.

Voici donc Sebastian Kurz à l’heure du choix. Il peut miser à nouveau sur la question migratoire ou tenter le pari du climat. Ses propres partisans paraissent aussi partagés que lui, puisque les deux sujets arrivent respectivement en première et en deuxième place de leurs préoccupations. Dans le laboratoire autrichien, le chimiste va ressortir son kit pour mener une expérience. Le reste du continent, dont la Suisse à l’approche des élections fédérales, serait avisé de prendre des notes.