Ce serait une scène ordinaire de la vie des familles. Une grande tablée plein de convives, de cousins et de belles-sœurs, à Noël, peut-être, ou un dimanche de baptême. La maîtresse de maison s’appellerait Marine, et, présidant l’assemblée, il y aurait le patriarche revêche, 86 ans, avec sa tête de bouledogue. Au plus beau moment de la fête, le vieux lâcherait un gaz énorme, éructerait une phrase nauséabonde comme lui seul en a le secret, et ce serait la honte pour tout le monde à table. On regarderait le fond de son assiette en réprouvant d’un hochement de tête, guettant du coin de l’œil la réaction de la maîtresse de maison. Finalement, on la trouverait bien brave, cette Marine, de mener sa petite entreprise en dépit du boulet paternel.

Vous visualisez la scène? A la veille de ce week-end prolongé, nous avons tous été conviés, par médias interposés, à la table familiale des Le Pen, après que Jean-Marie a encore gratifié son monde d’une «sortie» pathétique qui a mis dans l’embarras le Front national «banalisé» de sa fille. Nous les avons regardés, on nous les a montrés, «lavant leur linge sale en famille», comme vous et moi aurions pu le faire. Cela leur donnait cet air si parfaitement normal.

Ils sont sympas, les Le Pen, se dit-on ces jours. Ce sont un peu nos voisins. Le week-end dernier, on les avait déjà croisés, Marine et son compagnon Louis Aliot (respectivement présidente et vice-président du FN, 25% aux européennes) au Garden Center de Perpignan. Ils s’embrassaient comme des jouvenceaux, et cela nous a tous bien fait rigoler sur Twitter, à l’heure où les rumeurs du quartier les donnaient au bord de la rupture. Tellement sympas qu’on en oublierait qu’ils sont, davantage qu’un clan familial, des politiciens défendant des valeurs plus que discutables et prétendant au gouvernement d’un pays.

Bon, et sinon, j’ai aussi eu hier, par médias interposés, des nouvelles d’une vieille copine, ça m’a fait super plaisir. Elle publie en ce moment un livre, pour parler de son dernier job, quand elle était cheffe de la diplomatie américaine. Hillary, vous la connaissez aussi? Une femme très intelligente et ambitieuse. Figurez-vous que, pendant longtemps, elle a mis sa carrière entre parenthèses pour soutenir son mari Bill, à l’époque où il dirigeait le pays. Elle en a bavé, ces années-là, et a vraiment été admirable. D’autant que lui ne se privait pas de coucher à droite, à gauche. Avec ce livre, elle lance une sorte de précampagne présidentielle. Parce qu’en fait, elle voudrait aussi devenir présidente des Etats-Unis. Ils sont sympas, ces Clinton. On les reverrait bien à la Maison-Blanche, non? Avec eux, au moins, on saurait à quoi s’attendre.

Enfin, il paraît qu’à ce stade, le principal rival de Hillary à ce poste serait un dénommé Jeb. Mais oui, vous savez, le second fils de George Bush Sr., le frère de «W». Ce serait sympa, une nouvelle présidentielle américaine Clinton-Bush, non? Surtout, ça nous éviterait de trop parler de politique. On serait plutôt dans une sorte de storytelling familial, un truc franchement émotionnel, qui placerait d’emblée la campagne au niveau du divertissement. Cela permettrait d’oublier définitivement que ces gens sont davantage qu’un clan familial. Des politiciens défendant des valeurs. Qui doivent être débattues. Puisqu’ils prétendent au gouvernement d’un pays.

On serait dans une sorte de storytelling familial, qui placerait la campagne au niveau du divertissement

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Politique familiale

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