En France, les nuages s'amoncellent, les positions se raidissent, la liste des suspensions, des pures et simples annulations de festivals s'allonge à mesure que les jours, que les heures passent. Sous les effets de la colère des intermittents du spectacle, voici le mécanisme estivalo-festivalier tout entier enrayé. Un désastre pour les productions artistiques longuement élaborées en vue de ces échéances, d'autant que les festivals servent souvent de marchés des tournées. Des retombées économiques catastrophiques pour les manifestations, les villes, les régions concernées, avec des prolongements psychologiques incalculables. Ainsi, nombre de techniciens de télévision soumis à ce statut pourraient perturber la diffusion du Tour de France, ce qui ne manquera pas d'indisposer au degré le plus extrême nombre de citoyens de l'Hexagone. Un point en faveur de l'incompréhension qui visiblement s'épaissit.

Un gâchis. Et une certitude: tous sont assurés d'y perdre. Consommateurs et producteurs de l'industrie touristico-culturelle et gens de culture tout court. Autrefois, les ouvriers pris de rage détruisaient leurs machines, aujourd'hui, les artistes menacent de réduire en miettes leur propre outil de travail. Une telle rage s'explique-t-elle? En tout cas, elle répond exactement à l'intransigeance du gouvernement Raffarin qui, décidé de mettre enfin bon ordre en France, procède sans égards ni nuances. Ayant mis en place et toléré longtemps un système fondé sur la précarité et l'abus, tant côté employeur que côté employé, complice à travers les chaînes de télévision officielles de la prolifération du système des intermittents, l'Etat, pressé d'économiser, décide aujourd'hui de se passer d'un bon pourcentage d'entre eux. Ce qui l'arrangeait ne lui convient plus et tant pis si «l'assainissement» se paie au prix élevé.

Vision courte et dangereuse. La même qui prévaut en matière de retraites. Le rapport de force plutôt que la négociation. On comprend alors ceux qui, en l'absence de véritable projet qui passerait par une réorganisation franche du financement de la culture, négociée avec des partenaires vraiment représentatifs, ne misent plus que sur la table rase. La politique s'absente, la destruction s'engouffre.

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