Quelle importance revêtent les activités extrascolaires aux yeux de la Confédération? Quelle politique de la jeunesse est en train de se construire pour les prochaines décennies? Quels moyens seront mis à disposition? Ce sont quelques-unes des questions centrales que pose la révision totale de la loi fédérale sur les activités de jeunesse (LAJ), dont la mise en consultation s’est récemment achevée. Le Conseil suisse des activités de jeunesse (CSAJ) et plusieurs de ses partenaires rassemblés au sein de la coalition «pour une politique suisse efficace de l’enfance et de la jeunesse» portent sur ce projet un regard à la fois bienveillant et critique, tant les attentes sont fortes.

Sur la nécessité de cette réforme fondamentale, pas de discussion. C’est en effet peu dire que, depuis l’adoption de la LAJ en 1989, la situation des jeunes et des activités extrascolaires a fortement évolué. L’offre toujours plus abondante en matière de loisirs, le développement exponentiel des jeux et des communautés virtuelles, les mutations des structures familiales ou scolaires, mais également la dégradation progressive des conditions-cadres, notamment la baisse des subventions, le renforcement des contraintes légales ou le recul du bénévolat nécessitaient une mise à jour du dispositif politique. C’est ainsi que, dès le début des années 2000, plusieurs motions et postulats ont été déposés dans ce sens aux Chambres fédérales. Nanti de ces initiatives, le Conseil fédéral a publié en août 2008 un rapport qui relevait avec justesse les fondements conceptuels d’une politique de l’enfance et de la jeunesse et les enjeux contemporains en la matière. C’est sur cette base que se fonde l’actuel projet de révision législative.

A nos yeux, ce texte nouvellement intitulé «loi fédérale sur l’encouragement de l’enfance et de la jeunesse» présente de réelles qualités, à l’image de la volonté d’utiliser au mieux les capacités d’intégration des activités de jeunesse ou d’élargir les prestations aux enfants dès l’école enfantine. De même, l’ouverture à l’égard de l’animation dite «en milieu ouvert», c’est-à-dire surtout les centres d’animation socioculturelle, est bienvenue dès lors que cette offre a pris une place importante dans le champ des loisirs – en complément, et non en remplacement des organisations de jeunesse. Enfin, la volonté de donner un coup de pouce financier aux cantons, sur une période limitée, afin de les encourager à mettre en place leur propre politique, participe à juste titre d’une approche globale de la question.

Toutefois, il faut relever deux points problématiques dans cette révision. Le premier touche aux moyens prévus: l’augmentation de 6,6 à 8,4 millions de francs des ressources à disposition (compte non tenu du soutien financier temporaire aux cantons) n’est pas proportionnée aux buts que se fixe la loi. Compte tenu de l’ouverture des publics cibles, de l’extension des missions dévolues aux organisations et de l’inévitable hausse de leurs charges fixes ces prochaines années, il y a fort à craindre que cette modeste élévation ne se traduise en réalité par des baisses sèches pour les acteurs concernés. C’est notamment pour limiter ce risque que le CSAJ s’est déclaré opposé au soutien financier direct par la Confédération des projets portés par les communes.

La deuxième critique concerne précisément ce qui n’apparaît pas dans le projet: l’affirmation d’un vrai rôle pour la Confédération dans le domaine de la jeunesse. Si le projet prévoit des incitations à l’égard des cantons – largement souverains en la matière – et une meilleure coordination au niveau de l’administration fédérale, le Conseil fédéral refuse dans le même temps de considérer l’opportunité d’une loi-cadre qui permette de «nouer la gerbe» et d’élaborer une véritable stratégie globale. La situation pourrait cependant évoluer dans le bon sens d’ici à quelque temps, les commissions compétentes des Chambres fédérales ayant décidé de donner suite à l’initiative Amherd pour une base constitutionnelle fédérale en matière de politique de la jeunesse.

Ainsi, à l’heure où les jeunes sont soumis à des pressions accrues, surtout en période de crise économique, les atouts des activités de jeunesse extrascolaires apparaissent plus que jamais nécessaires: prise de responsabilité, goût de l’initiative, développement des compétences sociales, et bien d’autres encore. Ces qualités sont précieuses notamment pour trouver une place sur le marché du travail, et constituent donc une sécurité indirecte contre la marginalisation et la précarisation de la jeunesse. Or, si notre société veut continuer à pouvoir compter sur ce précieux apport, elle doit consentir à développer une vraie politique d’investissement sur le long terme qui garantisse la pérennité des organisations de jeunesse et de leur formidable effet multiplicateur. Souhaitons que le Conseil fédéral puis nos parlementaires prennent conscience de cet enjeu.

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