Notre société est dominée par les émotions qui, habituellement spontanées et éphémères, peuvent prendre une ampleur démesurée lorsqu’elles sont médiatiquement relayées et que les réseaux sociaux s’en mêlent. Cette indignation se nourrit de clics et de likes qui rendent l’opinion publique hautement réactive, à fleur de peau, et en cela presque immature. Depuis que nous nous sommes débarrassés des religions qui nous imposaient des principes immanents, nous adoptons de nouvelles causes, moins exigeantes que celle de sauver notre âme. L’individualisme, le recentrage sur soi-même qui vire au narcissisme, nous laisse à notre propre vacuité et, pour nous donner bonne conscience, nous nous impliquons dans les malheurs du monde, ce qui est évidemment plus facile que de s’occuper concrètement de son prochain.