Dans la trahison par George Bush de sa promesse de freiner les émissions de CO2, le plus étonnant, c'était la promesse elle-même. Par rapport à sa condamnation du Protocole de Kyoto sur le climat, elle n'avait aucune consistance. De puissants amis l'ont expliqué au président. Il a compris. La politique énergétique républicaine – productiviste – est désormais sur ses rails, et l'épisode révèle un nouveau comportement face au reste du monde, marqué par une fragilité et des contradictions, le retrait et la confrontation. Le président, inexpérimenté, est imprévisible. Mais le noyau de son équipe, disait-on, composé de professionnels expérimentés, fixerait la ligne. Or une fracture se confirme au sein du cabinet: les divergences ne sont même plus dissimulées entre le Département d'Etat de Colin Powell d'un côté, le Pentagone et peut-être le vice-président Cheney de l'autre.

Le Pentagone est pour le moment le pôle le plus fort, sa vision est impériale. L'affaire du Protocole de Kyoto va dans son sens: les Etats-Unis, contre le reste du monde, rompent et veulent imposer une autre voix. Ce comportement est déconcertant et dangereux: au nom de la protection de leurs intérêts, les Américains penchent pour le retrait et pour le vide. Les militaires affirment ainsi que l'état de préparation de l'armée de terre est insuffisant, et que la faute en revient aux opérations de maintien de la paix. Plus de Kosovo peut-être, plus de Somalie, ça c'est sûr. Au Proche-Orient, où le romantique Bill Clinton voulait faire taire les armes une fois pour toutes, l'intermédiaire américain a purement et simplement disparu. En Corée ou en Chine, Washington semble préférer la confrontation à l'arrangement. L'emblème de cette politique, c'est bien sûr le bouclier antimissile: l'empire se claquemure et demande de loin aux barbares d'obéir. Ce retrait orgueilleux fait de la place à une action internationale plus généreuse. On dirait, à quelques signes, que l'Europe l'a compris.

Le Temps publie des chroniques et des tribunes – ces dernières sont proposées à des personnalités ou sollicitées par elles. Qu’elles soient écrites par des membres de sa rédaction s’exprimant en leur nom propre ou par des personnes extérieures, ces opinions reflètent le point de vue de leurs autrices et auteurs. Elles ne représentent nullement la position du titre.