Les turbulences d'Airbus, qui avaient commencé au printemps 2006 comme une accumulation de retards provoqués par une «salade de câbles», selon l'expression allemande, ont failli tourner à la crise existentielle pour l'avionneur européen.

Alors que, choqués par les mesures drastiques du management, les salariés s'apprêtent à déclencher des mouvements de grève, il est trop tôt pour dire si le plan de restructuration «Power 8», qui prévoit notamment la suppression de quelque 10 000 postes de travail, permettra à Airbus de sortir du trou d'air. La rage au ventre devant les menaces pour l'emploi et l'écœurement face au gâchis des compétences ne devraient pourtant pas faire perdre de vue que l'essentiel, c'est-à-dire le maintien d'une industrie aéronautique européenne compétitive, peut être sauvé.

Alourdi par le coût du développement du long-courrier A350 et par le taux de change de l'euro, affaibli par la multiplication des sites de production, Airbus a failli aussi succomber sous le poids des patriotismes économiques. S'il reste un succès technologique et commercial, l'avion le doit tout d'abord au volontarisme de la coopération franco-allemande. Mais en ce début de 2007, c'est cette même implication directe des deux Etats qui a failli le plaquer au sol.

C'est peu dire que les partenaires français ont été estomaqués par la virulence de la réaction allemande à la découverte de la première mouture du plan de restructuration. L'Allemagne avait dû ravaler ses ressentiments lorsque le gouvernement français avait bloqué l'idée d'une Bourse européenne avec Francfort, l'alliance de Siemens et Alstom ou avait organisé l'absorption du pharmaceutique Aventis par Sanofi.

Mais là, c'en était assez. «Libéral, mais pas stupide» a tranché le ministre de l'Economie Michael Glos alors que la rue demandait au gouvernement d'entrer dans le capital pour sauver des emplois.

Ce ne fut ainsi pas l'un des moindres paradoxes que de voir Angela Merkel et Jacques Chirac déclarer que l'avenir de l'entreprise devait l'emporter sur les intérêts nationaux.

Les politiques doivent sortir d'Airbus. Car la crise marque la fin du modèle de coopération franco-allemand à doubles commandes. Alors que la philosophie économique des deux Etats est totalement divergente, d'un côté interventionniste, de l'autre libérale, il reste à inventer un nouveau modèle de partenariat à l'échelle européenne, dépassant le couple franco- allemand.

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