Ceux qui croyaient noyer le rêve européen de la Pologne dans le national-populisme du parti Droit et justice (PiS), au pouvoir depuis 2015, ont lourdement échoué. Même s’il sort battu de justesse (48,97%, contre 51,03% pour le président sortant, Andrzej Duda) au second tour de la présidentielle de dimanche, le maire de Varsovie et candidat pro-UE, Rafal Trzaskowski, a démontré que la moitié de l’électorat polonais refuse les diktats souverainistes et les atteintes répétées à l’Etat de droit. Cet ancien député européen, qui ferrailla jadis à Strasbourg avec la Suisse sur les questions fiscales, a prouvé que la flamme communautaire est heureusement loin d’être éteinte dans ce géant de l’Est, à quelques jours du sommet européen crucial du 17 juillet pour la relance économique du continent sinistré par l’épidémie de Covid-19.

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Le fossé des générations

L’autre leçon de ces présidentielles, plus prometteuse encore, est le fossé des générations. En se mobilisant massivement pour le candidat de l’opposition, les jeunes électeurs polonais, surtout dans les villes, ont initié dans les urnes une nouvelle dynamique. Difficile, désormais, pour le chef de l’Etat réélu de présider la Pologne en ignorant ce message. Difficile également, pour ce pur produit du PiS qu’est Andrzej Duda, de ne pas voir dans ce vote une demande pour une présidence plus indépendante, capable de mettre son veto – comme il le fit parfois durant son premier mandat – aux réformes controversées du système judiciaire. Difficile en somme, pour lui, d’être le président de tous les Polonais si le PiS au pouvoir poursuit ses attaques répétées et démagogiques contre Bruxelles et ses «élites».

La voie d’une contre-offensive pro-européenne

Le message, enfin, est stratégique. Andrzej Duda a, durant sa présidence, sans cesse plaidé la cause d’une Pologne alignée militairement sur les Etats-Unis, et tout entière acquise à la cause de Donald Trump. Or, maintenant que l’épidémie de Covid-19 a rebattu les cartes économiques et diplomatiques, de tels choix n’apparaissent guère tenables. C’est aux côtés des Européens, affairés ces jours-ci à boucler le budget communautaire 2021-2027, que la Pologne peut espérer sortir de la crise et financer sa transition vers de nouvelles énergies pour remplacer l’omniprésent et très polluant charbon. C’est aussi vers Bruxelles que Varsovie – siège de l’agence Frontex de protection des frontières extérieures de l’UE – doit regarder pour trouver les solutions adéquates aux défis sécuritaires et migratoires. La courte défaite de Rafal Trzaskowski, dimanche, ouvre la voie d’une contre-offensive pro-européenne.