Historique. Les footballeurs polonais n’avaient jamais réussi à sortir des phases de poules d’un Euro après deux tentatives, même lorsque la compétition s’était déroulée chez eux en 2012. Et si tout un peuple avait misé sur la star de l’équipe, l’attaquant du Bayern Munich Robert Lewandowski – finalement plutôt en retrait actuellement – l’équipe s’est qualifiée pour les huitièmes de finale face à l’Ukraine mardi soir au stade Vélodrome de Marseille. Aux Suisses, maintenant, de l’affronter. Les spécialistes prévoient une rencontre ouverte, ce samedi à 15h au stade Geoffroy-Guichard de Saint-Etienne.

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Si la presse polonaise est surtout excitée par le fait que Grzegorz Krychowiak est en contact avec le PSG en vue de le rejoindre la saison prochaine, Przegląd Sportowy écrit déjà que «nos adversaires ne sont pas impressionnés» et que leur «plus grand atout est leur défense serrée». Après avoir raconté le parcours des Helvètes jusqu’ici, le média émet des réserves sur la qualité de jeu de Seferovic et de Shaqiri, en reprenant notamment le méchant titre du Blick après le match Roumanie-Suisse du 15 juin: «Haris, das war Sefero-nix!» [«Sefero-rien!»]

«Beaucoup de critiques sont aussi tombées sur la tête» du footballeur d’origine kosovare, écrit-il. «C’est le joueur le plus talentueux de la nouvelle génération», mais il ne parvient pas à en «tirer pleinement parti». «En outre, Shaqiri est controversé parce que ce grand patriote suisse ne cache pas qu’il envisage de migrer vers la nouvelle équipe du Kosovo.» En attendant sa décision, apprenons déjà qu’en polonais, «Suisse», ça s’écrit «Szwajcaria», et que les clichés vont déjà bon train sur Twitter. «Saoul comme un Polonais», dit-on?

Traduction? (Au passage, merci Google Translate.) «La Suisse? Lorsque j’ai bu, je m’endors sur le trottoir et il y a un gros chien avec un tonneau d’alcool au cou qui vient me sauver»… Eurosport.onet.pl, de son côté, entame son article en disant joliment que les Suisses représentent «un rival également en rouge et blanc»: «Le destin réunit les deux équipes dans leurs couleurs.» Là aussi, méfiance envers la défense, mais espoir: il y a, de la part de la Nati, «étonnamment peu de créativité sur le front»: «En France, la Suisse ne joue pas un football passionnant.» Mais elle a un avantage «sur les Polonais: deux jours de repos en plus». Et d’énumérer également les Albanais de l’équipe, sans lesquels elle ne vaudrait «pas grand-chose».

WP SportoweFakty a pour sa part interrogé l’ex-coach Ottmar Hitzfeld, pour qui ce sera «un match très ouvert» samedi, même s’il estime que la Suisse a «de meilleures chances»: «Bien sûr», les Polonais «ont Lewandowski et Piszczek, mais en regardant l’ensemble, les Suisses ont plus d’expérience dans les clubs – et pas des moindres, au niveau international». Et encore? «Les Polonais sont peut-être un peu meilleurs en offensive, mais la Suisse est plus forte en défense et dans l’organisation du jeu. […] La Nati part gagnante.» Mais c’est mince: «A 55%», dit Hitzfeld.

Des équipes de même valeur

Si la Gazeta Wyborcza constate que l’historique des rencontres entre les deux pays est en faveur des Polonais – en 11 matchs, quatre victoires, cinq nuls et une seule défaite contre la Nati, avec un total de buts de 18 à 9 – le site Sport.pl estime enfin que le foot suisse manque de charisme et que même si l’ASF fait d’énormes efforts pour la formation de «joueurs respectés dans toute l’Europe», elle n’a «pas construit une équipe» susceptible de gagner à coup sûr le match contre la Pologne. Car «les Helvètes préfèrent regarder la balle plutôt que de lui donner le coup de pied» utile. D’ailleurs, les footballeurs, dans l’amour que leur portent les citoyens, «se situent loin derrière les Wawrinka, Federer, Cologna, Cuche et Ammann». Ils «s’embrasent davantage» lors des rencontres entre leurs bons clubs, «Grasshoppers, FC Zurich et FC Bâle».

«Bref», conclut tout de même le quotidien polonais, la Nati, «ce n’est pas une équipe en mesure de faire des étincelles, mais elle gagne régulièrement contre des adversaires de même valeur». Et ce que «l’équipe d’Adam Nawałka a montré en France», c’est que nous devons «être considérés comme égaux face à la Suisse». «Powodzenia!», bonne chance, dit-on dans la langue de Guillaume Apollinaire de Wąż-Kostrowicki.