Revue de presse

Les pom-pom girls nord-coréennes, l’attraction des JO de Pyeongchang

Outil de propagande du régime de Kim Jong-un, les «cheerleaders» olympiques suscitent un gros malaise en Corée du Sud. Mais tout le monde s’intéresse à elles

Qui ne les a pas encore remarquées après une semaine de Jeux olympiques d’hiver à Pyeongchang? Et qui n’a pas encore été séduit par leur charme suranné, leur tenue d'hôtesses d'Air France des années 1970, leur enthousiasme confit de sourires, leurs claques et leurs chorégraphies mécaniques lors des épreuves de ces Jeux d’hiver. Dans leurs uniformes désuets, elles forment, de l’avis de plusieurs spectateurs et reporters, l’attraction numéro un de l’olympiade, tout en suscitant un gros froid dans le dos quand on les voit jouer leur rôle de marionnettes de la dictature de Pyongyang.

Surtout quand on les entend entonner, comme le dit France Télévisions, «les chansons démodées sur la réunification en ignorant l’atmosphère autour d’elles». D’ailleurs, «ces supportrices sont surveillées à chaque instant par des agents du Nord, ce qui suscite aussi le malaise. Et leur message d’unité ne rencontre guère d’écho parmi des jeunes sud-coréens qui sont de plus en plus indifférents à l’idée d’une réunification. Si Pyongyang voulait se servir d’elles «pour améliorer son image, l’opération semble plutôt ratée».

Choisies au sein des universités d’élite du pays après des vérifications poussées sur leurs antécédents privés et publics, elles représentent pourtant une force centrale de l’offensive de charme lancée par la Corée du Nord à l’occasion des Jeux, ces 229 pom-pom girls – ou cheerleaders. On a notamment pu les voir, samedi dernier, toutes de rouge vêtues lors de la raclée (8-0) infligée par les hockeyeuses suisses à l’équipe unifiée de Corée.

Pour devenir majorette en Corée du Nord, il faut mesurer plus d’1 m 63, être âgée d’une vingtaine d’années et «être de bonne famille» – comprenez: d’une famille de cadres du régime. «Il faut également adhérer au Parti des travailleurs […]. Une condition sine qua non, forcément», lit-on dans 20 minutes (France). On dirait des robots? Depuis leur arrivée au Sud la semaine dernière, les jeunes Nord-Coréennes évoluent sous étroite surveillance. Elles sont toujours en groupe en présence d’un chaperon et on les voit rarement échanger avec les Sud-Coréens, ces soldates de l'«Armée de beautés», tel que les surnomme la presse sud-coréenne.

«Armée parce que, comme des soldats, ces filles sont priées de se taire, beautés parce qu’elles recrutées sur des critères physiques», résume Euronews. Elles sont constamment traquées par un escadron compact de journalistes, dont certains campent à l’extérieur de leur hôtel pour ne rater aucun cliché. Tout est documenté, de leur footing matinal à la façon dont elles repassent leurs habits.

Mardi dernier encore, elles voulaient voir la mer mais, assaillies par les médias, les pauvres ont dû renoncer à leur sortie. Aucun athlète nord-coréen n’était engagé dans les épreuves ce jour-là, on leur avait donc prévu une journée de repos, entre balade à plage, restaurants en ville et visites touristiques. Submergées de questions par la presse, elles ont dû remonter dans leur bus et rebrousser chemin, déçues:

Dans les tribunes des Jeux, cependant, on n'a a vu que les vestes rouges de ces supportrices nord-coréennes, qui ne sortent pas de Corée du Nord pour la première fois. Mais dans cette ampleur, comme le font remarquer Mashable et France 24, «leur présence ne passe clairement pas inaperçue. C’est bien simple, on ne voit qu’elles.» Alors elles font semblant de s’amuser, avant de rejoindre «chaque soir leur hôtel situé à plus de 120 km au nord de Pyeongchang», dont on a prié tous les clients capitalistes de vider les lieux pour mieux protéger l’Armée des beautés. C’est qu’elles ont aussi besoin de concentration pour apprendre par cœur le nom des sportifs nord-coréens: «Ryom Tae-ok! Kim Ju-sik! Bravo nos athlètes!» Le tout, à l’unisson.

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