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La pop culture en son royaume

Les Etats-Unis sont une nation récente, qui manque d’histoire et de monuments millénaires. Dès lors, c’est le cinéma qui fait office de mémoire collective

Quels sont les dix monuments les plus visités du monde? Selon un classement qui semble faire référence, c’est le temple Senso-ji, à Tokyo, qui attire le plus de curieux par année. Suivent de nombreuses cathédrales et basiliques, en Europe mais pas seulement, de même que la Cité interdite et la Grande Muraille en Chine. Aucune trace des Etats-Unis, pays hautement touristique s’il en est, quatrième nation du monde par la taille.

Voyager dans l’immensité américaine, c’est se rendre compte que le pays est historiquement jeune – il a été officiellement fondé en 1776, cinq siècles après la petite Suisse. A défaut d’une longue histoire, ici plus qu’ailleurs, le divertissement est roi. Assister à un match de football américain, c’est voir un spectacle autant qu’une rencontre sportive. Et au pays du divertissement roi, le monarque suprême demeure le cinéma. En 2017, l’industrie hollywoodienne générait des recettes s’élevant à près de 11 milliards, soit un quart du box-office mondial. L’Italie a la Renaissance, la France a les Lumières. Les Etats-Unis, eux, ont Hollywood.

C’est grave docteur?

Le pays est tellement fier de sa domination cinématographique, qu’ici on préfère pointer un lieu qui a servi de décor à un film célèbre plutôt que la demeure d’un écrivain. Chaque lieu emblématique semble marqué par une image forte: James Stewart sauvant Kim Novak de la noyade au pied du Golden Gate, King Kong escaladant l’Empire State Building, Cary Grant et Eva Marie Saint descendant le mont Rushmore, Woody Allen et Diane Keaton arpentant les rues de Manhattan. Les rues en pente de San Francisco? Bullitt. Le Santa Monica Pier? Forrest Gump. Le zoo de San Diego? Citizen Kane. La liste est sans fin. C’est étonnant, mais sur les Champs-Elysées, je ne pense pas immédiatement à Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg dans A bout de souffle. Peut-être parce que Paris est chargé d’une histoire millénaire.

Au port de San Francisco, je me suis retrouvé là où marche Burt Lancaster dans Le prisonnier d’Alcatraz et à l’endroit où Tippi Hedren traverse la route dans Les oiseaux. J’ai ressenti le même délicieux vertige que lorsque, au Forum de Rome, on m’a dit que je me tenais à l’endroit où Jules César avait péri à l’arme blanche. A San Francisco, j’ai aussi aperçu une coupole et des grues navales qui ont inspiré George Lucas pour Star Wars. Les Etats-Unis ont réussi à façonner leur histoire en parallèle à l’essor de l’industrie cinématographique. C’est à la foi fascinant et effrayant. Sans m’en rendre compte, je me suis émerveillé devant une statue… de Yoda. Dois-je prendre rendez-vous au Louvre pour me faire soigner?


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