Vous l’avez aussi remarqué? Les gens qui portent un masque sont souvent fuyants. C’est logique, notez. Même muet, le masque est éloquent. Il dit le danger, la menace, le corps fragile, le corps souffrant. Rappelons que le masque standard est conçu pour protéger l’extérieur et non le porteur. Lors d’une opération, les chirurgiens le mettent pour éviter la propagation de leurs germes en direction des incisions du patient, et non l’inverse. Pas sûr que le message soit passé, car, quand je croise des passants masqués, j’ai plus l’impression qu’ils se barricadent derrière leur mini-muraille qu’ils ont à cœur de me protéger…

Le masque à larme

Bref, le masque n’est pas le propre de l’homme occidental. On le porte comme un regret, une larme. Il va moyen au teint et envoie des signaux mesquins. Pourtant, si l’on retourne tous au travail en train, le rectangle risque de devenir notre quotidien. Il faudra vivre avec, trouver des moyens de rester entier, la moitié du visage en moins.

Lire aussi: Du port du masque (réutilisable) en temps de pandémie. Et si on misait sur l’intelligence des gens?

Déjà, j’espère qu’on pourra porter des masques originaux, comme le très beau spécimen à l’africaine que m’a confectionné mon ami chapelier. Je ne l’ai pas encore inauguré, mais ses motifs façon batik ont déjà conquis mon audience domestique. Quitte à être masqué, autant être stylé, non?

Ensuite, il faudra travailler notre regard. Bien sûr, porter un masque n’empêche pas de parler, la preuve avec nos caissières et caissiers préférés. Mais pour ce qui est du langage muet, une fois le sourire caché, on se sent limité.

Lire encore: Le masque ou la burqa, entre obligation et interdiction

Tout peut changer. Les yeux ont leur idiome, suffit de l’étudier. Le site Nospensees.fr parle même de «l’alphabet des pupilles». Quand on est séduit, les pupilles se dilatent. C’est subtil, mais ça fait tout son effet. D’ailleurs, pour jouer de cette séduction, les prostituées de l’Egypte antique se mettaient de la belladone sur les yeux. A creuser. Au contraire, une pupille rétrécie dit la peur ou la colère, voire l’hostilité. Dans ces moments, on aimerait l’option masque intégral…

De l’inconscient au conscient

Le mouvement parle lui aussi. Les yeux bougent vers le haut et la droite? Le cerveau a activé sa mémoire. Les yeux bougent vers le haut et la gauche? Le cerveau a allumé sa créativité. Les yeux grands ouverts racontent l’attention. Plissés et les sourcils froncés, ils témoignent de la méfiance. Fixés au sol, ils transpirent la réflexion… Le plus souvent, tout cela est inconscient. Mais maintenant que notre visage va se dérober à mi-parcours, mieux vaut maîtriser ce discours.


Chronique précédente

Refoulée à la douane, comme une réfugiée