Photographie

Le postérieur de Simone de Beauvoir sème la discorde

Une comédienne française a épinglé le groupe publicitaire JC Decaux sur Facebook. Ce dernier aurait refusé d’afficher une photo de l’écrivaine, nue, pour la promotion d’une pièce de théâtre qui sera jouée à Paris. Réactions outrées sur les réseaux

Cachez ce postérieur que je ne saurais voir. Une compagnie de théâtre française consacre un spectacle aux correspondances amoureuses de Simone de Beauvoir. Pour promouvoir cette pièce, qui sera jouée dans un théâtre parisien à l’automne, la troupe a choisi un célèbre cliché de la féministe pris en 1952. Elle y apparaît de dos, nue, se recoiffant devant un miroir. Mais cette image gênerait JC Decaux, le groupe qui gère notamment l’affichage dans le métro et sur les kiosques à journaux.

Une des trois comédiennes, Camille Lockhart, a épinglé le maître des affiches parisiennes sur Facebook: «Je sors de répétition avec un goût un peu amer sur le bout de la langue, parce qu’aujourd’hui, en 2017, on censure une paire de fesses et on laisse vivre les images publicitaires vulgaires et putassières pour vendre une bagnole, un soutif, des yaourts ou un adultère sur Internet», dénonce-t-elle.

Publication virale

Son agacement est partagé par un grand nombre d’internautes. Publié lundi, son billet d’humeur au vitriol a été relayé près de 150 000 fois. «Salut @JCDecaux_France, @GroupeRATP et @Paris, les fesses de Simone, vous ne les aimez pas les fesses de Simone?» ironise une Twitto. «Eh oui, le vulgaire, le grossier, le moche, ça passe, mais Simone de Beauvoir nue, ça ne passe pas», se désole une deuxième.

Alors, l’affiche a-t-elle été «violemment censurée»? Pour JC Decaux, la comédienne s’est «un peu emballée». «Aucune décision n’a encore été prise sur l’affiche de son spectacle, pour deux raisons», explique le groupe au Parisien. L’afficheur attendrait un avis de l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité. Une procédure habituelle lorsqu’il s’agit de nudité. Une étude sur les droits de la photo d’Art Shay doit également être réalisée, précise le géant publicitaire. Car celle-ci est bien connue.

Le photographe de Chicago a pris ce cliché lors d’un séjour aux Etats-Unis de la philosophe française. Son image est devenue célèbre en 2008. Le Nouvel Observateur l’avait mise en couverture d’un numéro titré «Simone de Beauvoir, la scandaleuse». Un choix qui avait suscité des réactions outrées à l’époque.

«Vilain garçon!»

Cette photo n’a jamais été tirée du vivant de la philosophe, et Art Shay n’a jamais eu l’occasion de lui demander son autorisation. En 2015, il racontait cette histoire à la radio France Culture: «Je me suis approché de la salle de bains, et comme elle avait laissé la porte ouverte, je l’ai aperçue. Elle a entendu le déclic de l’appareil photo et je l’ai entendue dire: «Ah le vilain garçon!»

«Qu’en penserait Simone de Beauvoir?» se demande une Twitto. L’auteure du Deuxième Sexe était une habituée des petits scandales. Publié en 1949, son essai n’a pas échappé aux critiques d’intellectuels. Albert Camus l’a accusé d’avoir voulu «déshonorer le mâle français». Pour Simone de Beauvoir, c’est le «bon vieil esprit gaulois» qui se déchaînait.

Est-ce le même esprit qui freine la décision de JC Decaux? Face à l’ampleur de la polémique, Camille Lockhart préfère ne pas se dresser davantage contre le géant publicitaire. Mais, selon elle, l’argument juridique de la firme ne tient pas: «La photo que nous avions soumise est une EVOCATION de ce cliché et donc à l’abri de toute question de droits.» En attendant, le spectacle profite d’une publicité inespérée. «Le partage fait boule de neige à ce que je vois. Et ça, c’est bien», commente une internaute.

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