Un vent sinistre s'est levé sur le canton de Vaud. Il faut bien sûr éviter de dramatiser à l'excès les flammes qui ont dévasté par deux fois des locaux réquisitionnés pour héberger des réfugiés kosovars, car pour l'instant rien ne permet d'affirmer une parenté entre l'incendie survenu il y a trois semaines à Chavannes-près-Renens et celui qui a éclaté mercredi dans les anciennes casernes d'Yverdon (dont la nature criminelle n'était d'ailleurs pas encore prouvée hier soir). Gestes de déséquilibrés, de xénophobes isolés ou d'activistes, de parties prenantes au conflit kosovar, tout est imaginable. Mais quelle que soit l'hypothèse, on doit craindre que la publicité recherchée par les incendiaires n'encourage le passage à l'acte d'autres pyromanes.

Des responsabilités politiques peuvent d'ores et déjà être désignées. Il n'y a pour autant ni lieu de condamner ni même de dénoncer. Au contraire, il faut rappeler que les autorités cantonales, confrontées aux urgences de la solidarité avec les victimes d'une guerre, ont su mettre le doigt là où cela fait mal: quand il s'agit d'accueillir des réfugiés, les régions du canton ne sont pas égales entre elles.

Publiée le 8 juillet dans les pages du Temps, la carte reproduisant la répartition des requérants d'asile entre les communes vaudoises le démontrait: les communes qui sont les plus aisées et ont le moins souffert de la crise sont aussi celles qui participent le moins à l'effort d'accueil. A l'inverse, des communes où la proportion des bas revenus, de la population immigrée et des chômeurs est la plus élevée sont aussi celles où ont été installés les principaux centres d'hébergement.

Le prix du terrain ou le faible nombre de logements vacants expliquent en partie cette inéquité. Mais des jeux d'influence y contribuent également: les communes de La Côte, si riches mais si peu hospitalières envers les réfugiés, sont aussi les plus hostiles aux réformes fiscales susceptibles d'atténuer les déséquilibres économiques du canton. Ces mêmes résistances ont fait plier les autorités cantonales qui affirmaient vouloir placer les réfugiés kosovars en priorité dans des communes jusqu'ici peu sollicitées.

Les incendies de Chavannes-près-Renens et d'Yverdon rendent insoutenables ces égoïsmes régionaux. Pour prévenir d'autres sinistres, les discours ne suffisent plus. Le canton doit démontrer sa capacité à gérer les solidarités, pour que les peines du monde ne soient pas toujours supportées par les mêmes.

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