Dans les petites et grandes villes africaines, plus particulièrement sur la côte ouest, on trouve toujours sur les marchés des montagnes de poulet décongelé. Les acheteurs se l’arrachent. Le prix? C’est donné! Il est même moins cher que le poisson du pays. Mariné avec du pili-pili, qui cache l’odeur de la viande rance, et grillé au charbon, il fait le bonheur des petits et grands.

Ce poulet fait aussi le bonheur d’aviculteurs français qui découpent les cuisses et les blancs pour le marché local et exportent les bas morceaux (ailes, cous, pattes) en Afrique. Leur valeur marchande est presque nulle en Europe mais, grâce aux subventions aux exportations payées par l’Union européenne, c’est une affaire qui rapporte.

Ce marché est tenu principalement par deux groupes français, Doux et Tilly-Sabco, qui empochent 93% des aides versées par Bruxelles. Pour la période allant de juillet 2012 à juin 2013, celles-ci se montent à 55 millions d’euros pour 264 754 tonnes, à raison de 10,85 euros pour 100 kilos. Ce montant a déjà été réduit de deux tiers au fil des années.

La fête est finie. La Commission a décidé la semaine dernière de mettre fin à ces subventions. Elle a justifié sa décision en disant que les conditions du marché tant sur le marché interne qu’en Afrique ont évolué. Mais cela n’a pas été chose facile. Mise au vote jeudi dernier, la recommandation d’abolir ces subventions n’est pas passée; la France avait réussi à former une minorité de blocage. Habilitée à trancher seule, la Commission n’a pas reculé.

La pilule est certes amère à avaler pour les deux entreprises qui profitent des millions de l’UE. Même le ministre français de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, a déploré la décision, reprenant l’argument des aviculteurs français, selon qui 4000 emplois sont directement menacés. Maintenant, ces derniers se tournent vers… l’Etat français pour obtenir des aides.

Mais c’est une très bonne nouvelle pour l’Afrique, où la volaille occupe une place importante dans le repas quotidien. La décision européenne donne une chance à la filière locale, qui réclame la fin du dumping depuis de longues années.

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