Revue de presse

La poupée gonflable offerte au ministre qui fait scandale au Chili

Le ministre de l’Economie, tout sourire, a reçu cet étrange cadeau pour Noël, de la part de chefs d’entreprise, car pour eux, «l’économie, c’est comme les femmes, il faut la stimuler». Tout le monde s’est esclaffé. La présidente, Michelle Bachelet, est furieuse

En offrant une poupée gonflable comme cadeau au ministre de l’Economie, une association de chefs d’entreprise a déclenché mercredi une vive polémique au Chili. La présidente du pays, Michelle Bachelet, dénonce un geste «intolérable». Ce présent encombrant a été mis entre les mains de Luis Felipe Céspedes Cifuentes mardi soir par l’Association d’exportateurs de produits manufacturés et de services (Asexma), à l’occasion de son traditionnel dîner de Noël. Il était affublé du message suivant, subtilement glissé dans la bouche du jouet: «Pour stimuler l’économie.»

Des hommes, rien que des hommes

Des photos du ministre «posant aux côtés de la poupée» ont alors très vite circulé sur les réseaux sociaux, «déclenchant de vives réactions d’indignation». «La plupart des hommes qui étaient présents à l’événement – notamment José Miguel Insulza Salinas, l’ancien leader de l’Organisation des Etats américains (OEA) – se sont esclaffés», ironise La Presse québécoise. D’ailleurs, il n’y avait là «que des hommes», fait remarquer le Guardian. De concert avec BBC Mundo, qui rappelle, photos à l’appui, que cette année encore, de nombreuses manifestations de rue ont eu lieu dans plusieurs pays latino-américains pour dénoncer le machisme ordinaire du continent et la violence faite aux femmes:

Michelle Bachelet, la cheffe de l’Etat, qui est aussi l’ex-présidente d’ONU Femmes, a immédiatement et vertement fustigé cette grotesque offrande sur Twitter, en rappelant que «la lutte pour le respect de la femme» avait «été un principe essentiel au cours de [ses] deux mandats». Une réponse que CNN Chile qualifie de «cinglante», tout comme le message très clair que la présidente a publié sur sa page Facebook pour remettre les pendules à l’heure sur la question du respect des femmes au Chili. Quant au ministre, qui a reçu le cadeau avec un grand sourire, il a fort opportunément jugé bon de demander aussitôt pardon: «J’ai été pris par surprise et ma réaction n’a pas été adéquate», a-t-il reconnu.

Le président d’Asexma, Roberto Fantuzzi, a lui aussi fait amende honorable sur le même réseau, en lettres capitales, comme pour marteler le message: «J’ai une femme, des filles et des petites-filles, jamais l’intention n’a été de générer de la violence contre la femme.» Son mauvais goût a été largement dénoncé sur les réseaux. Comme preuve de ce machisme encore assez ordinaire au Chili, un sondage sur Twitter donnait encore ce jeudi matin 40% de participants pensant que le geste n’était pas offensant pour les femmes.

«Asexma a offert au ministre une poupée, parce que pour eux l’économie, c’est comme les femmes, il faut la stimuler», a critiqué le Mouvement pour les droits sexuels et reproductifs (Miles), fustigeant un cadeau «sexiste et misogyne» et un «spectacle dénigrant». Au Chili, précise Teletrece, c’est la ministre de la Femme et de l’Egalité des genres, Claudia Pascual Grau, qui a réagi en premier, condamnant cet «acte machiste». Et entraînant dans sa foulée plusieurs futurs politicien(ne)s présidentiables (en novembre 2017), qui ont bien vu tout l’intérêt qu’il y avait à exploiter le scandale, particulièrement sur les réseaux sociaux.

A Madrid, El País fait dans le sarcasme en titrant: «Una muñeca inflable para reactivar las finanzas chilenas.» Le magazine Quartz précise quant à lui que plusieurs autres VIP’s présents lors de cette soirée ont également reçu des cadeaux du même tonneau, comme une réplique de la mèche blonde de Donald Trump, avec qui l’Amérique du Sud devra bien travailler. En fin de soirée mercredi, un éditeur chilien a fait aussi remarquer qu’une trentaine de médias internationaux avaient publié la nouvelle de la #munecainflable, semblant regretter cette affaire dont Santiago se serait bien passé:

Et comme toujours en pareil cas, les détournements ne se pas fait attendre sur Twitter. La poupée elle-même a «rompu le silence» en se plaignant qu'«ils» ne cessaient «de la toucher». Les débats sont aussi intenses sur Facebook avec le même mot-dièse. Et en langue française, les quelques réactions actuellement en ligne oscillent entre le désir d’en rajouter dans la métaphore sexuelle destinée à «stimuler l’économie» et la consternation.

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