Nous serions tentés de dire, à propos de l'euro, au vu des critiques adressées à ce dernier par les experts du Credit Suisse (l'article de Paul Coudret du 24 janvier): «…et pourtant il tourne» comme le disait Copernic à propos de la terre. Le Credit Suisse, comparant l'euro au dollar, attribue toutes les qualités à la monnaie américaine et ne trouve à l'euro que des défauts. Pourtant, dans son catalogue négatif, on ne trouve curieusement que des critiques de caractère politique et pas un mot sur les éventuelles erreurs de la Banque centrale européenne. Ces critiques ne sont pas fondées sur des faits mais sur des suppositions. Ainsi, par exemple l'idée qu'un rapprochement entre la Suisse et l'euro serait susceptible de créer un climat d'incertitude.

Ces experts n'ont pas relevé que malgré les défauts qu'ils attribuent à la monnaie unique, sa naissance n'a pas perturbé la sortie de la crise des années 1990. Malgré ses défauts, l'euro est constitutif d'une parfaite stabilité des monnaies européennes entre elles et donc des économies des pays membres. De plus, le niveau de vie des populations en cause ne cesse de croître et le rythme de cette croissance n'a pas été gêné par l'avènement de la monnaie unique. Mieux, les économies les plus faibles sont entraînées vers une amélioration et de ce fait les migrations de travailleurs en recherche d'emplois restent marginales. Il est d'autre part étonnant que ces experts ne se soient pas souvenus que bien avant l'existence de l'euro, les monnaies européennes étaient liées les unes aux autres par un taux de change à variabilité limitée. On appelait alors cela le serpent monétaire. A l'époque, personne ne se faisait du souci.

L'intégration progressive des économies européennes, dont la Suisse bénéficie largement en réalisant quelque 60% de son commerce avec l'UE, nous laisse donc un bilan favorable. Et s'il reste aux pays concernés de nombreuses mesures à prendre, notamment dans le domaine de la fiscalité, ceux-ci sont aujourd'hui en meilleure position pour le faire […]

Les critiques que peut adresser le Credit Suisse à l'un des résultats les plus tangibles de la construction européenne sont donc assez faibles. En outre, en privilégiant les éléments d'incertitude politique qu'il décèle dans l'UE, le Credit Suisse s'empêche de voir que l'Europe est bien plus en avance dans un domaine: contrairement à notre pays, elle sait dans quel sens elle œuvre, elle a un objectif, celui de développer un espace de stabilité politique et économique pour le bien commun, de renforcer la démocratie et les institutions afin d'assurer aux populations concernées le plus grand bien-être.

Tandis que la Suisse, elle, n'en finit pas de se chercher. Hormis Expo.02, elle n'a d'autres projets pour son avenir que de se demander dans quels domaines elle pourrait coopérer avec les autres nations sans gêner les différentes catégories d'europhobes, OTANphobes et autres ONUphobes.

Ainsi, la critique du Credit Suisse paraît plus télécommandée par la nécessité d'occuper l'espace anti-européen que par une véritable argumentation monétaire et financière.

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