Les poussées d’antisémitisme sont toujours liées à des situations historiques. Il existe, bien sûr, depuis toujours un antisémitisme latent dans nos sociétés, pour des raisons religieuses liées à l’antijudaïsme; il existe en plus des structures politiques répétitives pour sa recrudescence, mais aussi des éléments particuliers, liés à la conjoncture. Ce qui est récurrent est que les peuples ont toujours éprouvé leurs grandes crises comme des punitions. Il a fallu alors rechercher les coupables, trouver les fautifs et les éliminer. Les Juifs ont joué ce rôle de victimes expiatoires: il fallait sacrifier des vies pour reformer l’unité populaire vacillante. Les dieux ont soif! Ce qui est récurrent encore: la nostalgie d’un âge d’or, d’un état social antérieur qui aurait été détruit par «l’invasion» juive, ces profiteurs qui se sont approprié les clefs du pouvoir économique et politique. Ces deux leviers structuraux ont joué plus d’une fois le rôle de levain du totalitarisme.