La chronique

Poussières d’étoiles

L’Université de Genève accueillait mardi soir une conférence du Professeur Trinh Xuan Thuan intitulée «Le Big Bang et après?» Après avoir dressé un tableau historique du développement des connaissances en astrophysique, il aborda les relations entre sciences et spiritualité. Marie-Hélène Miauton y était

Grace à la Fondation Yves et Inez Oltramare, l’Université de Genève accueillait mardi soir une conférence du Professeur Trinh Xuan Thuan intitulée «Le Big Bang et après?» Nombreux sont ceux qui connaissent cet astrophysicien mu par l’envie de partager la beauté des images que lui renvoie l’univers galactique et extragalactique dont il a fait sa spécialité. Convaincu que la science doit faire partie de la culture d’un honnête homme, il dispense à l’Université de Virginie un cours merveilleusement intitulé «Astronomie pour les poètes», qui s’adresse à des étudiants en littérature.

Plus de mille auditeurs l’ont donc chaleureusement applaudi, sans doute autant pour ses convictions philosophiques que pour ses explications sur l’origine et le devenir de notre univers. En effet, son propos s’est inscrit dans la droite ligne de la phrase d’Einstein stipulant que la science peut fonctionner sans la spiritualité, la spiritualité peut exister sans la science. Mais l’homme pour être complet a besoin des deux.

Nous avons une généalogie commune avec tout l’univers

Pour preuve de cette indépendance, le fait que, malgré l’extraordinaire approfondissement récent des connaissances sur notre univers, la réflexion philosophique qui en découle était déjà née auparavant, grâce aux intuitions fulgurantes de quelques génies.

Ainsi, Trinh Xuan Thuan dit que nous avons une généalogie commune avec tout l’univers, puisque nous sommes issus de la même soupe initiale. Le philosophe Spinoza l’avait déjà exprimé à sa façon au XVIIe siècle: «Tout ce qui est dans la nature, considéré dans son essence et dans sa perfection, enveloppe et exprime le concept de Dieu.» Il n’y avait pourtant à cette époque aucune théorie du Big Bang.

Avec la condamnation de Galilée par l’Inquisition en 1609, le professeur entérine le divorce qui sera consommé pour plusieurs siècles entre la science et l’Eglise. Très joliment, il postule que les religions doivent nous dire comment aller au ciel mais pas comment va le ciel. Rires dans la salle, même si sa condamnation de l’obscurantisme d’alors est un jugement porté avec un regard du présent, et même si elle est en outre exagérée, puisque Galilée n’a jamais mis les pieds en prison. Il était chez lui, en résidence surveillée, et vivait de revenus octroyés par le pape!

L’incroyable économie de moyens de l’univers

Alors que Newton a écrit que «Les mathématiques sont le langage de Dieu», notre conférencier rejoint plutôt Galilée en affirmant qu’elles sont celui de la nature, tout comme Poincaré, exceptionnel mathématicien français, qui l’exprimait ainsi: «Toutes les lois (de la nature) sont tirées de l’expérience; mais pour les énoncer il faut une langue spéciale; c’est l’esprit mathématique, qui dédaigne la matière pour ne s’attacher qu’à la forme pure. Le langage ordinaire est trop pauvre, il est d’ailleurs trop vague pour exprimer des rapports si délicats, si riches, si précis.» Pour la plupart des auditeurs, il a paru contradictoire que la nature, chose la plus concrète et matérielle qui soit, doive passer par un langage aussi ardu et peu intelligible. Réaction de béotiens…

D’ailleurs, la nature est très simple et très harmonieuse, nous rappelle Trinh Xuan Thuan. Il nous a donc appris l’incroyable économie de moyens de l’univers, composé d’hydrogène et d’hélium pour l’essentiel, éléments chimiques les plus légers et les plus simples. Les étoiles ont ensuite fabriqué des éléments chimiques plus lourds, ce qui a donné naissance au carbone et à l’oxygène, entre autres ingrédients essentiels à l’apparition de la vie.

En conclusion, le conférencier se demande ce que serait l’univers s’il n’y était pas apparu une créature consciente, capable de l’observer, de l’admirer et de faire reculer son mystère. Mystère désormais situé en amont de ce Big Bang, véritable souffle sacré. Quelles que soient les avancées de la science, nous en revenons toujours à ce commencement, où Dieu créa les cieux et la terre…

mh.miauton@bluewin.ch

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