Revue de presse

Poutine, le boulevard vers la présidentielle 2018

L’écrasante victoire du parti du Kremlin, Russie unie, aux élections de ce week-end, renforce encore la position du leader national à la tête de sa «démocrature»

«Finalement», elle avoue: «J’ai voté… Russie unie.» Margarita Ilinskaia, 63 ans, a hésité avant de donner sa voix, le 18 septembre, au parti du Kremlin, raconte La Croix. Elle avait envisagé de protester, en soutenant les communistes ou en s’abstenant, tant les méfaits sociaux de la crise économique ont ravivé en elle des frustrations contre «un système qui promet beaucoup, ne fait pas grand-chose pour nous, et ferme les yeux sur les affaires de corruption de quelques-uns. Pendant la campagne électorale […], ces arguments sont régulièrement revenus dans la population. Au bout du compte, Russie unie, […] a fini par l’emporter. «Faute de vraie alternative, j’ai voté pour la stabilité», reconnaît Margarita.»

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Alors évidemment, il y en a un qui est satisfait. On le serait à moins quand on sait que le président russe, Vladimir Poutine, après cette victoire écrasante aux législatives de son parti, a obtenu la majorité absolue avec un record à la Douma, en décrochant trois-quarts des sièges. Pour lui, les électeurs ont fait le choix de cette «stabilité», comme le dit Margarita, mais avec un taux de participation en baisse. Ce qui «traduit l’état avancé d’apathie qui règne dans le pays», selon De Telegraaf, cité par Eurotopics.

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Dans les grandes villes, moins de 20% de la population a voté. Et le quotidien néerlandais de s’amuser du fait – si c’est vraiment drôle – que «seules les structures pénitentiaires et les établissements psychiatriques indiquent que le taux de participation n’a jamais été aussi élevé: 89 ou 85%. Ce sont donc les fous et les détenus qui assurent au président sa victoire.» Et ses victoires futures:

Le maître du Kremlin, cité par Courrier international qui a traduit le site Lenta.ru, juge que certes, «la vie des gens n’est pas facile», comme il le martèle à longueur d’années, «qu’il y a beaucoup de problèmes non réglés», etc. «Et pourtant, le résultat est ce qu’il est»: «Les gens ont quand même voté pour Russie unie. Les sceptiques peuvent dire qu’on ne fait pas ce qu’il faudrait, mais personne ne fait mieux.» De quoi inspirer Twitter:

En ce qui concerne les «viennent-ensuite», Gazeta.ru note que même si le Parti communiste «conserve sa deuxième place», l’écart avec le Parti libéral démocrate (LDPR) de l’ultranationaliste Vladimir Jirinovski «est si mince que cela constitue un sérieux revers psychologique» pour le parti de «l’ancien monde». Quant au politologue Sergueï Markov, interrogé par Moskovski Komsomolets, il retient surtout pour sa part la défaite du parti Iabloko, «la plus ancienne formation démocratique de la Russie postsoviétique, qui n’a, une fois de plus, pas passé la barre des 5%, ni obtenu de mandats au scrutin majoritaire»: son président, Grigori Iavlinski, a commis une «grave erreur politique» en se positionnant «en dehors du consensus national» sur la Crimée annexée. Quoi qu’il en soit, le «fromage» de la Douma, c’est désormais ceci:

Le journal d’opposition Novaïa Gazeta, de son côté, critique «le déroulement d’une campagne, ennuyeuse, au rabais, estimant que la majorité des électeurs ne comprenait pas le sens de ces élections et ne pouvait se représenter clairement quels candidats, et avec quels objectifs, y participaient». Selon lui, «les mots d’ordre de l’opposition démocratique «contre la guerre, contre la crise, pour la défense des citoyens, contre les attaques de l’Etat» n’ont pas eu de sens, vu les nombreux abstentionnistes. Et «ceux qui se sont rendus aux urnes étaient désorientés». «Un observateur du scrutin a écrit sur Twitter qu’une grand-mère lui avait demandé où était le bulletin pour Boris Eltsine!». Et l’on ne parle même pas ici des soupçons de fraudes électorales, qui ont de quoi amuser aussi:

De fait, la recette assurant le succès à Vladimir Vladimirovitch ne varie pas, selon le Corriere del Ticino: «Au-delà des frontières russes, on critique la «démocrature» et l’absence de scrupules en matière de politique extérieure. A l’intérieur du pays, le chef du Kremlin est encensé pour les mêmes raisons.» Mais auparavant, il a pris la précaution de faire «taire les oligarques, en leur donnant le champ libre. En contrepartie, il leur a demandé de ne pas le contredire.» Résultat: «la nouvelle identité nationale qu’il a réussi à forger, et qui repose sur la défense des valeurs traditionnelles russes et autochtones, […] du territoire, sur le rêve d’un retour à la grandeur de l’Union soviétique, et sur la capacité militaire d’intervenir dans de grands conflits internationaux», comme en Syrie.

Analyse similaire dans Delo, le quotidien slovène: «Depuis 15 ans, les spécialistes des intrigues qui ont lieu à la cour du «nouvel empereur» expliquent que la Russie, après avoir connu une courte période démocratique, est retournée au «Moyen Age», c’est-à-dire à l’ère de l’Union soviétique, où des élections comme celles d’hier ne sont que de la poudre aux yeux.» Et peut-être aussi que les Russes constatent «que quel que soit le nom du parti, l’intérêt premier de tous les hommes politiques est d’accéder au pouvoir».

Mais pour l’heure, c’est Vladimir Poutine qui y est. Et il peut encore davantage compter «sur la docilité de la masse russe», écrit La Libre Belgique. «Ces dernières élections constituaient une sorte de test appelé à déceler d’éventuels symptômes de protestation», mais le Kremlin «peut tranquillement dormir sur ses deux oreilles» et son maître «préparer sans se presser sa campagne présidentielle de 2018».

Poutine, c’est l’homme invulnérable: «L’effet Crimée» est loin d’être estompé et l’économie, que plusieurs experts ont déjà enterrée, n’est pas encore morte. Le réfrigérateur n’a pas vaincu la télévision. La société russe a clairement démontré qu’elle n’avait pas besoin de changements ni, à plus forte raison, d’un nouveau leader national.»

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