Le rythme et la force tragique des événements déchirent peu à peu le voile de mystère dont est entouré le président russe.

La catastrophe du Koursk tout d'abord, a mis en lumière la terrible incapacité de Vladimir Poutine à communiquer, à communier avec son peuple. Les Russes ont l'habitude de pardonner, mais ils n'oublieront pas le masque figé de Vladimir Poutine et ses mensonges à répétition. Ce spectacle leur rappelle brutalement que l'homme qu'ils ont élu président n'est qu'une figure anonyme, sans histoire ni passion, qui n'a jamais fait de politique ni connu d'autre cause que celle de sa fonction de gardien du régime. Un homme de l'appareil, tenace, fidèle, mais froid. Un inconnu que les caciques du Kremlin ont soudain hissé aux plus hautes fonctions parce qu'il était disposé, au contraire de ses prédécesseurs, à engager une guerre en Tchétchénie. Et parce que sa loyauté au régime et à ses financiers apparaissait indéfectible.

Sur ce deuxième point, Vladimir Poutine vient encore de donner des gages éloquents. Car si le président parle beaucoup de lutte contre les oligarques et leurs privilèges ou de rétablissement de l'Etat de droit, la réalité est bien différente. Après trois de ses collègues, Nicolas Volkov, le procureur spécial chargé des enquêtes «sensibles», vient à son tour d'être contraint à la démission. Le procureur dont les recherches, conduites également avec la collaboration des Suisses, concernent pour l'essentiel des financiers proches du Kremlin, affirme être l'objet de pressions et ne plus pouvoir poursuivre ses investigations.

L'épisode n'a pas la portée tragique du naufrage du Koursk. Mais il jette lui aussi une lumière crue sur le double discours du président. Après huit mois de pouvoir, personne ne sait encore exactement qui est et ce que veut Vladimir Poutine. Le doute s'installe. Jusque chez ses partisans, certains s'inquiètent de sa capacité à supporter une aussi lourde charge. Le tsar Vladimir, arrivé sans le vouloir sur le trône, sait faire régner l'ordre, mais a-t-il les épaules assez solides pour conduire et réformer la Russie?

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