Ex-cadre du KGB, pétri du sentiment d'appartenance à un corps d'élite progressivement déconsidéré depuis l'effondrement soviétique, Vladimir Poutine a promis de restaurer l'honneur perdu des forces armées et de la marine. Il entend ainsi mettre un terme à l'érosion continuelle du budget militaire amorcée au début de l'ère Eltsine; une cure d'amaigrissement qui a contraint l'ex-Armée rouge à quémander ses subventions. Parallèlement, le nouveau maître du Kremlin caresse l'ambition de regagner le terrain perdu par la marine de guerre sur les océans.

La guerre du Golfe, puis les conflits successifs dans les Balkans ont permis à l'OTAN de renforcer spectaculairement sa présence en Europe du Sud-Est. Au même moment, Moscou assistait impuissante à l'intégration de ses anciens satellites polonais, tchèque et hongrois dans l'Alliance atlantique. Fort des enseignements de la guerre du Kosovo, le Kremlin a paraphé en janvier dernier un ordre de mission permettant de dépêcher à nouveau des bâtiments en Méditerranée, persuadé que la présence de quelques sous-marins nucléaires dans l'Adriatique aurait sans doute dissuadé les alliés de régler la question de Pristina par voie aérienne. C'est dans cette optique que le Koursk, l'un des rares vaisseaux «valides» de la flotte, devait participer en novembre prochain à la première campagne navale russe en Méditerranée depuis 1990.

Washington et Londres ont proposé leur aide pour tenter de sauver les marins du submersible en perdition au fond de la mer de Barents, plongeant la direction russe dans l'embarras. L'accepter, ce serait pour le président russe reconnaître qu'il est décidément plus aisé de pilonner la Tchétchénie pour remporter une élection que d'assurer la maintenance de ses forces navales. La refuser, ce serait peut-être condamner le dernier espoir pour la centaine de matelots coincés dans leur piège d'acier. Vladimir Poutine en est là: à mesurer ses ambitions stratégiques en termes de réserves d'oxygène.

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