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Le conseiller d’Etat genevois Antonio Hodgers signe un nouvel accord sur le projet d’aménagement Praille-Acacias-Vernets, le 17 juin 2016, à Genève.
© Salvatore Di Nolfi/Keystone

Urbanisme

Praille-Acacias-Vernets: un projet pris en otage par la classe politique

OPINION. Sébastien Lambelet est assistant-doctorant en science politique à l’Université de Genève et travaille sur la gouvernance des grands projets urbains en Suisse. Il nous donne sa vision du pilotage du projet Praille-Acacias-Vernets à Genève

Le 23 février dernier, après deux heures d’intenses joutes oratoires, le Grand Conseil genevois a accepté in extremis par 50 voix (PS, Verts, Ensemble à gauche, MCG) contre 49 (PLR, PDC, UDC) de modifier le ratio logements-emplois du futur quartier Praille-Acacias-Vernets (PAV) et d’y introduire 12% de propriété par étage (PPE). Une minute plus tard, sans le moindre débat en plénum, il a refusé par 51 voix contre 47 de créer la Fondation PAV (FPAV).

Il a suffi que deux roublards confirmés de la politique genevoise – Christian Grobet et Christina Meissner – changent discrètement de camp entre les deux votes pour que la stratégie foncière élaborée par l’Etat depuis 2014 vole en éclats.

Alors qu’à l’approche des élections cantonales du 15 avril tous les partis s’accordent sur le fait qu’il faille résoudre la crise du logement au plus vite, voilà à quoi tient aujourd’hui le consensus politique autour du plus grand projet urbain du canton. Et dire qu’Antonio Hodgers espérait une unanimité sur les deux objets…

L’opérationnel passe à la trappe

Accepter le ratio logements-emplois du PAV tout en refusant la FPAV équivaut à accepter un programme de développement tout en refusant l’outil nécessaire à sa mise en œuvre. C’est un peu comme si les Chambres fédérales avaient autorisé le percement du Gothard, en interdisant l’emploi de tunneliers.

Dotée d’un capital de départ de 600 millions de francs, la valeur actuelle des terrains du PAV possédés par l’Etat, la FPAV aurait été chargée de libérer ces terrains en rachetant les droits de superficie (DDP) des entreprises, puis de négocier les opérations immobilières avec les promoteurs. La FPAV aurait donc permis à l’Etat de véritablement valoriser ses terrains et de retrouver une stratégie foncière cohérente sur l’ensemble du PAV, au lieu de négocier des opérations ad hoc dans lesquelles la main publique assume à chaque fois la grande majorité des coûts de libération du foncier (70 millions à la pointe nord pour faire partir Firmenich, 80 millions aux Vernets pour déplacer la caserne).

C’est un peu comme si les Chambres fédérales avaient autorisé le percement du Gothard, en interdisant l’emploi de tunneliers

Mais surtout, grâce sa petite structure (moins de dix collaborateurs) et à son importante autonomie institutionnelle, la FPAV aurait pu piloter le projet à l’abri des débats passionnels de la sphère politique genevoise. Or, cette autonomie de la FPAV a été sabordée dès le passage en Commission de l’aménagement par plusieurs amendements de la gauche et du MCG renforçant le contrôle des autorités politiques et prévoyant que tous les partis du Grand Conseil siègent au conseil de fondation. Ces amendements expliquent en bonne partie pourquoi le PLR et l’UDC ont refusé la FPAV lors du vote final, alors qu’ils avaient soutenu une initiative populaire des Vert'libéraux réclamant sa création en 2014.

La politisation excessive, première cause des blocages

Modifier le ratio logements-emplois du PAV est devenu un rituel auquel la classe politique genevoise s’adonne au moins une fois par législature. Début 2006, le projet prévoyait d’ajouter 20 000 emplois aux 20 000 existants et de simplement intégrer 3000 logements aux abords de la zone industrielle. Crise du logement oblige, le nombre de logements est ensuite passé à 6000, puis à 10 500, puis finalement à 12 400, le nombre d’emplois empruntant le chemin inverse.

Ces changements incessants sont mauvais pour les entreprises implantées au PAV qui attendent toujours de connaître à quelles conditions l’Etat leur rachètera leur DDP et les indemnisera pour leur déménagement. Or, tant qu’elles n’auront pas suffisamment d’incitations pour partir, elles resteront. Peut-être jusqu’à l’échéance de leur DDP en 2050 ou 2060.

Aujourd’hui, les partis se renvoient la responsabilité des lenteurs du développement du PAV, mais ils sont en réalité tous coresponsables, car ils ont tous provoqué ou cautionné à un certain moment des changements programmatiques substantiels du projet, sans prendre suffisamment en compte la question cruciale de la libération des terrains. Accepter la création de la FPAV aurait été pour les députés une belle manière de se rattraper et de revenir à un pilotage plus technique et moins passionnel du projet, comme la Fondation pour les terrains industriels (FTI) a pu le faire entre 2006 et 2008 avant que le Conseil d’Etat ne lui reprenne le pilotage.

Au lieu de cela, le PAV reste un otage politique utilisé pour agrémenter les visées électorales des partis. Pis, le parlement semble désormais bien plus divisé qu’il ne l’était lors des précédents votes sur le PAV. Le Conseil d’Etat pourrait bien regretter d’avoir activé pour la première fois la clause du référendum automatique. A moins que l’on reparte pour une nouvelle législature de débats sur le ratio logements-emplois après les élections…

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