Editorial

La précarisation du travail, une menace pour la démocratie

ÉDITORIAL. Le marché du travail connaît de profondes transformations dues à la technologie. L'Organisation internationale du travail s'y intéresse de près et insiste sur la nécessité de dispenser de la formation tout au long de la vie

Il y a cent ans, l’Organisation internationale du travail naissait sur les ruines de la Première Guerre mondiale. Aujourd’hui, elle célèbre un siècle d’existence à un moment critique. Jamais le marché de l’emploi n’a connu d’aussi profondes transformations en raison d’avancées technologiques fulgurantes. S’il nécessite ici ou là des réformes de fond pour assurer une prospérité synonyme d’emplois, il est aujourd’hui profondément bousculé par la 4e révolution industrielle, l’intelligence artificielle et la robotisation. Celles-ci créent des opportunités impensables il y a encore peu. Mais elles suscitent aussi des peurs légitimes dont celle, irrationnelle mais inhérente à l’être humain, de se faire remplacer par une machine.

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Au cours de ces deux prochaines semaines à Genève, 5000 représentants des Etats, des employeurs et des travailleurs vont tenter de répondre à ce questionnement existentiel. Le travail va requérir beaucoup plus de flexibilité de ce partenariat tripartite. Pour permettre de suivre une évolution technologique qui n’est pas près de s’arrêter, la formation sera déterminante et devra être dispensée tout au long de la vie professionnelle. Les ressources humaines ne devront plus être une expression galvaudée. L’être humain, sa dignité, sa contribution au vivre-ensemble devront rester au cœur des politiques futures.

Les notions selon lesquelles on est trop jeune et trop inexpérimenté à 25 ans et trop vieux à 50 ans paraissent obsolètes face aux défis des sociétés de demain. Avec une espérance de vie qui ne cesse de croître et un vieillissement des sociétés occidentales, il paraît indispensable de repenser la période active de chacun et de mieux intégrer l’aspect intergénérationnel du travail.

Dans cette perspective, le partenariat social que la Suisse et l’Allemagne ont su cultiver demeure un outil fondamental de stabilité et de prospérité. La destruction des syndicats telle qu’on a pu l’observer sous Margaret Thatcher dans les années 1980 a contribué à créer des disparités considérables, et le Brexit pourrait en être l’une des conséquences. Aujourd’hui, l’explosion des inégalités découlant de la précarisation du travail est une menace pour nos démocraties. En 2019, on peut faire le choix politique de prévenir les troubles sociaux qui bénéficient aux national-populismes. Soyons aussi pionniers que les fondateurs de l’OIT voici un siècle.

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