Du bout du lac 

Préférer son chien aux enfants du voisin

OPINION: Faut-il arrêter de procréer pour sauver la planète? Notre chroniqueur revient sur l’infographie controversée relayée par l’AFP qui a suscité la polémique cette semaine

Stupeur et tremblement (et pourquoi pas?) à la découverte cette semaine d’une infographie virale de l’Agence France-Presse. «Quelques moyens pour réduire son empreinte carbone», promettait le tweet de l’AFP, ressuscitant une étude publiée l’an passé par les doctes Environmental Research Letters. Onze astuces, classées par ordre croissant d’efficacité, pour préserver la planète. Changer ses ampoules: faible impact. Renoncer à un vol transatlantique: impact élevé. Avoir un enfant en moins: carton plein. Parfaitement. L’enfant que vous ne ferez pas ne rejettera pas dans l’atmosphère en surchauffe les dizaines de tonnes de CO2 que produirait celui que vous feriez, ce petit salopard.

Premier malaise: le surprenant attelage logique que constitue cette proposition. Le réchauffement climatique est une menace parce qu’il y a quelqu’un pour la percevoir et se sentir menacé: vous. Et moi. Et nous tous, les humains. Si nous évitons scrupuleusement de nous reproduire, il n’y aura plus personne pour s’alarmer du réchauffement climatique. Ni même pour en souffrir, si la situation devait devenir invivable. La piste de l’humanicide est donc assez vaine: comment voulez-vous résoudre un problème qui n’existe plus?

«Petite musique sournoise»

Second émoi, plus profond parce que d’ordre olfactif: le fumet fangeux de cette recommandation. Ou, pour celles et ceux qui seraient privés d’odorat, la petite musique sournoise entonnée ici par l’agence: le problème, frère humain, c’est toi! Oui toi, l’homo sapiens, la souillure, l’égoïste dégénéré, l’anthropo-obsédé, celui dont le règne animal et tout ce qui poussait avant lui se seraient bien passés. Si seulement tu pouvais ne jamais avoir été…

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Elle monte, cette petite musique, un peu partout. Elle se nourrit de toutes les culpabilités, de toutes les rancœurs, de toutes les frustrations. Elle se déteste elle-même, caillasse des boucheries comme on se scarifie. Elle attend l’effondrement global, juste retour des choses. Et finit par préférer son chien aux enfants du voisin.

«Des génies, des imbéciles»

Chers infographistes de l’AFP, amis journalistes des Environmental Research Letters, vous vous trompez lourdement. Où qu’ils naissent, nos enfants ne seront ni des nuisances, ni des tonnes de CO2. Ce seront des génies, des imbéciles, des artistes, des banquiers, des soldats, des migrants, des amants, des gentils et des méchants. Ce seront des femmes et des hommes qui, contre vents et marées, feront plus ou moins bien tout ce qu’ils peuvent pour aller de l’avant.

Mais une chose est sûre: lorsqu’il s’agira de rassembler nos énergies pour sauver la planète, il ne faudra pas compter sur l’enfant que vous nous aurez suggéré de pas mettre au monde.


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